Entretien avec... Véronique Riches-Flores, responsable de la recherche thématique cgez Société Générale CIB

« Un euro fort contre dollar est de moins en moins un problème »

le 12/05/2011 L'AGEFI Hebdo

Un euro à 1,50 dollar représente-t-il un risque pour les économies de la zone euro ?

Non. 2011 n’est pas 2008. Il y a trois ou quatre ans, l’euro s’était apprécié contre toutes les devises, le dollar, mais aussi la livre, le yen, le franc suisse ou le yuan. La situation est différente aujourd’hui. J’en veux pour preuve que les exportations européennes se portent relativement bien. Par exemple, par rapport à 2008, les exportateurs européens bénéficient d’une dépréciation de l’euro de 30 % face à leurs concurrents japonais. En fait, l’appréciation actuelle de l’euro est circonscrite au dollar et dans une moindre mesure à la livre. La devise européenne s’est affaiblie face au franc suisse, au yen et au yuan. Son taux de change contre les principales devises avec lesquelles la zone euro commerce demeure stable et se situe même 20 % en dessous de son point haut atteint en 2008.

Qu’en est-il vis-à-vis des devises asiatiques ?

Depuis plus d’un an maintenant, l’important différentiel d’inflation entre le bloc asiatique et la zone euro a entraîné une dépréciation significative de la valeur en termes réels de l’euro. Le taux de change réel contre les devises asiatiques est tout bonnement revenu à son niveau de 2002. C’est remarquable. En deux ans, l’euro a gommé près de huit ans d’appréciation continue. C’est d’autant plus important que les exportations vers l’Asie en général et la Chine en particulier sont les principales contributrices à la croissance des exportations européennes. Cela nous indique aussi que la sensibilité de la zone euro aux échanges commerciaux avec les Etats-Unis et à l’évolution de l’euro/dollar est bien moindre que par le passé. Un euro fort contre dollar est beaucoup moins un problème qu’il y a quelques années.

Un dollar faible atténue-t-il beaucoup la facture pétrolière des Européens ?

C’est loin d’être négligeable. De janvier à avril, la facture pétrolière s’est stabilisée autour de 3 % du PIB de la zone. Pourtant, le cours du brut est passé de 105 à plus de 120 dollars le baril. Mais dans le même temps, la hausse de l’euro de 1,35 à 1,48 dollar s’est avérée suffisante pour absorber l’équivalent d’un relèvement des prix du pétrole de 12,5 dollars par baril.

A lire aussi