Les ETP or ont participé à la baisse du métal jaune

le 09/05/2013 L'AGEFI Hebdo

Les produits indiciels cotés adossés à de l’or physique ont fortement décollecté depuis janvier, les obligeant à vendre une partie de leurs stocks.

Illustration: Valérie Gaubin

La récente chute de l’or a coûté cher à certains hedge funds... mais ils ne sont pas les seules victimes. Les fournisseurs d’ETP (exchange-traded products) adossés à de l’or physique ont accusé de fortes décollectes depuis le début de l’année, avec des sorties particulièrement massives aux Etats-Unis où sont commercialisés les plus importants instruments indexés sur la performance du métal jaune. Le plus gros d’entre eux, le SPDR Gold Trust Fund, un produit lancé en 2004, a ainsi vu ses actifs sous gestion reculer de près de 10 % à fin mars à 62,5 milliards de dollars, selon les données compilées par ETFGI.

Fonctionnement identique

Ces dernières années, de nombreuses études ont cherché à prouver ou à infirmer le lien entre la financiarisation du secteur des matières premières, notamment du fait du développement des produits indiciels cotés adossés à ces sous-jacents, et l’évolution des prix de ces actifs. « Peu de solutions s’offrent aux investisseurs pour investir sur l’or, justifie David Benmussa, directeur d’iShares en France. Ils peuvent acquérir directement des lingots, investir dans des actions de sociétés aurifères ou acheter un produit indiciel. » La question est aujourd’hui loin d’être tranchée mais elle est légitime. Ces produits sont en effet directement investis dans de l’or physique et sont donc susceptibles d’influer sur le prix des matières premières. « Il existe des produits indexés sur l’évolution d’autres matières premières en physique comme l’argent, le platine ou le palladium mais l’essentiel des flux (80 %) est sur l’or », souligne Ludovic Djebali, managing director chez Source, dont l’ETC* Physical Gold Source avait subi des rachats de près de 350 millions de dollars à fin avril (encours de 3,2 milliards) après avoir été le plus gros collecteur en Europe en 2012.

Au-delà de la structure du produit (trustsaux Etats-Unis, fonds en Suisse ou certificats en Europe), ces différents instruments partagent le même mode de fonctionnement. Chaque part est systématiquement adossée à de l’or physique. Avant même qu’une part du produit soit créée, un intermédiaire financier autorisé à intervenir sur le marché de l’or physique achète la quote-part de métal jaune correspondante. Par exemple, la création-annulation de titres du SPDR Gold Trust Fund se fait par tranches de 100.000 parts. Cet or physique est ensuite crédité sur le compte du promoteur de l’ETP et stocké dans les coffres-forts d’une banque. « C’est le participant autorisé qui initie l’opération en passant un ordre à Bank of New York Mellon, notre ‘trustee’, explique David Mazza, responsable de la stratégie d’investissement ETF pour l’Amérique chez State Street Global Advisors, maison mère de SPDR, promoteur de l'ETC. Le participant autorisé est ensuite responsable de la livraison de l’or au profit du ‘trust’, l'or est ensuite conservé dans les coffres-forts de notre dépositaire, HSBC à Londres. » « Cela ne veut pas pour autant dire qu’un investisseur peut, s’il le désire et quand il le désire, récupérer facilement l’or en échange de ses titres, nuance Hortense Bioy, directrice de la recherche gestion passive chez Morningstar Europe. Certains produits l’autorisent mais moyennant une commission, d’autres par l’intermédiaire d’un participant autorisé et sur la base de quotités importantes qui excluent de fait les petits détenteurs. » Le stock d’or est audité deux fois par an par des entreprises indépendantes spécialisées. La liste des lingots avec leur numéro et leurs caractéristiques (poids, taille, pureté) est remise à jour quotidiennement et consultable sur les sites internet des fournisseurs d’ETP.

Toutefois, la récente vague de rachat de parts ou de certificats n’a pas pour autant signifié que les coffres des ETP se sont vidés. En effet, en cas de rachat, le participant autorisé dispose de deux possibilités : soit il conserve le titre dans ses livres pour servir de futurs achats sur le marché secondaire, ce qui évite d’effectuer des ventes d’or, soit il passe un ordre de remboursement et doit alors vendre parallèlement de l’or. « Depuis le début de l’année, le SPDR Gold Trust Fund a accusé 13 milliards de dollars de rachats, indique David Mazza. Toutefois, cela ne signifie pas nécessairement qu’il y a eu le même montant vendu sur le marché. » Et d’ajouter que les ETP investis dans l’or ne représentaient, à fin 2012, que 7 % de l’ensemble du marché de l’or, un montant qui, selon lui, ne permet pas à ces instruments de jouer un rôle dominant dans l’équilibre entre l’offre et la demande sur ce marché. Les seules sorties sur l’ETP de SPDR correspondent tout de même à 10 % de la production annuelle d’or : difficile de ne pas croire qu'elles n'ont pas pesé peu ou prou sur les cours.

*'Exchange-traded commodity'.

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