Les ETF vont pouvoir s’échanger sur une plate-forme électronique

le 22/03/2012 L'AGEFI Hebdo

Résolument tournée vers la simplicité, la solution Navesis reprend des briques technologiques déjà éprouvées par Tradition et veut multiplier les fonctionnalités.

Nouveau mot d’ordre dans l’univers des ETF (exchange-traded funds), la transparence va s’appliquer aussi à leur négociation. Navesis, la plate-forme que lance le courtier Tradition (groupe Viel & Cie) en partenariat avec Nomura, veut servir cet objectif. Elle propose des services de négociation électronique sur le modèle des MTF (multilateral trading facilities). « L’idée de départ pour la création de Navesis a été de répondre à une inefficience du marché des ETF, beaucoup de transactions étant effectuées de gré à gré », affirme Leonie Ryan, responsable de la stratégie actions et du développement chez Tradition.

Traiter sur la NAV, pas sur le prix

Si certains acteurs semblent réservés quant à la pertinence de cette plate-forme, la légitimité de Tradition dans ce domaine semble assez forte. Le courtier opère une bonne demi-douzaine de MTF. Au point de faire lui-même avancer les usages, comme avec Trad-X, la plate-forme de négociation électronique lancée il y a un an sur les swaps de taux d’intérêt.

Navesis propose de négocier les ETF sur la base de la NAV (net asset value), c’est-à-dire la valeur liquidative du fonds. Car si les fonds indiciels, cotés en Bourse, peuvent être achetés à tout moment, c’est sur la base d’un prix de marché proposé par les intermédiaires alors que la valeur liquidative, agrégeant les valeurs des sous-jacents, est déterminée plus tard, avec un décalage possible. « Les investisseurs utilisent les plates-formes existantes pour avoir une idée du marché en temps réel et traitent souvent sur la valeur liquidative de fin de journée », confirme Olivier Paquier, directeur de l’activité SPDR ETF France, filiale de State Street. Et traiter les ETF à la NAV est assez complexe. Il faut soit créer l’ETF si l’on est acheteur, soit le détruire si l’on est vendeur, ce qui suppose, à chaque fois, de créer un compte avec tous les sous-jacents impliqués. « L’annulation et la création ont des coûts dépendants du sous-jacent et des taxes locales à régler pour la création des produits, explique Ludovic Djebali, directeur commercial de Source, dont Nomura est actionnaire. Par exemple, il y a une taxe, de 50 points de base pour tous les produits ayant une indexation au marché actions britannique, cela ne s’applique pas aux ETF synthétiques notamment parce que les banques agissant en tant que contreparties sont membres du LSE. »

Le marché européen est très fragmenté, il est possible de négocier des ETF sur 25 places de cotation différentes, contre trois aux Etats-Unis. « En outre, selon BlackRock, les encours des ETF en Europe ont atteint 266 milliards d’euros en 2011, contre 940 milliards de dollars aux Etats-Unis où leur nombre est pourtant moins élevé », souligne Ludovic Djebali. On comprend alors l’intérêt d’une place de marché centralisant les offres et demandes des intervenants. « Les teneurs de marché travaillent avec un petit nombre de ‘brokers’, eux-mêmes en relation avec quelques émetteurs d’ETF, et parfois pas forcément pour l’intégralité de leurs produits, détaille Frédéric Boissel, responsable du cash actions chez Tradition. Dans le cadre de transaction OTC (de gré à gré, NDLR), on ne sait pas à quelle contrepartie on a affaire, ce qui peut altérer les processus de formation des prix. »

La simplicité privilégiée

« Tradition voulait prendre pied sur le marché des ETF et le meilleur moyen, nous semblait-il, était de rentrer sur une niche d’inefficience », rapporte Leonie Ryan. Les développements ont commencé dès le mois d’avril 2011. « Nous sommes convenu avec Tradition d’élaborer une plate-forme facile d’utilisation et simple en termes de connexion », avance Stéphane Redon, responsable du trading Index et ETF chez Nomura International. Les développements informatiques ont duré deux mois environ : ce sont les options stratégiques, discutées avec Nomura, qui ont pris le plus de temps. « La plate-forme Navesis a été conçue autour de la suite d’outils développés en interne, Tradition Broker Suite », précise Leonie Ryan. « C’est la plate-forme de ‘trading’ de ‘forex’ de Tradition qui a servi de base pour le cahier des charges de Navesis, confirme Stéphane Redon. L’idée est que les deux contreparties d’une transaction se mettent d’accord sur une NAV, qui ne sera connue que le lendemain de la transaction, augmentée d’une commission de quelques points de base. » Tradition possédait déjà de nombreuses briques technologiques. Mais il a fallu en adapter certaines pour gérer le traitement des fourchettes de cotation (spreads), et être capable d’envoyer une confirmation le jour de la transaction ainsi que le lendemain, une fois le prix de l’ETF connu.

Il a fallu aussi développer un module d’enchères, dont la logique réplique en grande partie les fonctionnalités des marchés actions, comme Xetra de Deutsche Börse. Des concessions ont été faites pour que la plate-forme Navesis soit simple à utiliser et rapidement opérationnelle. Par exemple, pour le moment, il n’est pas possible d’afficher un carnet d’ordres, ni de montrer les différentes niveaux de profondeur du marché. « Les briques technologiques existent chez Tradition, mais auraient nécessité plus de temps à mettre en œuvre sur Navesis », confie Stéphane Redon. Ces fonctionnalités sont prévues pour la seconde version, qui devrait être graduellement opérationnelle d’ici à la fin du printemps 2012. En phase de test depuis plusieurs mois, Navesis bénéficie de constantes modifications pour améliorer son interface. La dernière en date, par exemple, concerne la possibilité de visualiser, par un simple clic sur un ETF, qui en est l’émetteur, quel benchmark il suit. La prochaine amélioration va permettre à un utilisateur de voir sa liste d’ETF préférés, pour pouvoir s’y retrouver rapidement, une fonctionnalité intéressante quand plusieurs centaines d’ETF sont concernés. « Nous avons déjà intégré dans les développements les règles d’obligation de ‘reporting’ que pourrait nos imposer une nouvelle réglementation, déclare Patrick Houel, trader Delta One chez Nomura International. Nous travaillons sur la mise au point d’un système de ‘reporting’ sous le nom de Navesis, allant ainsi dans le sens d’une plus grande transparence. » Pour l’instant, seul Nomura assure la tenue de marché sur Navesis, une situation qui laisse certains acteurs dubitatifs. Mais « dans les semaines qui viennent, nous allons ouvrir la plate-forme à d’autres teneurs de marché, spécialistes des ‘commodities’, des obligations ainsi qu’aux banques d’investissement, assure Patrick Houel. Nous allons également augmenter le nombre et le périmètre de sous-jacents, notamment sur la zone des pays émergents pour les actions. » Quatorze intervenants ont déjà signé depuis le lancement du projet, dont UBS, HSBC, Credit Suisse, BNP Paribas, Janes Street. D’autres contreparties sont en discussion.

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