Dossier Energie

Etats-Unis, la révolution du pétrole de schiste est en marche

le 12/07/2012 L'AGEFI Hebdo

La production américaine de brut devrait atteindre entre 6,5 et 9 millions de barils/jour à horizon 2020.

Le pétrole de schiste, exploité grâce aux techniques de forage horizontal et de fracturation hydraulique, est en train de bouleverser l’équilibre énergétique des Etats-Unis. La production nationale de brut, en déclin depuis le début des années 70, est passée de 5 millions de barils par jour (mb/j) en 2008 à 5,5 mb/j en 2010, et devrait atteindre 6,7 mb/j en 2020 selon les prévisions de l’Agence américaine d’information sur l’énergie (EIA), voire 9,1 mb/j selon celles de Standard Chartered. Le pays pourrait même devenir le premier producteur mondial (devant la Russie et l’Arabie Saoudite), et l’Amérique du Nord un « nouveau Moyen-Orient », d’après les stratégistes de Citi.

Résultat, les Etats-Unis sont de moins en moins tributaires du pétrole étranger (voir le graphique), et pourraient, selon certains, s’approcher de l’indépendance énergétique. « En 1990, les réserves et la production de l’Amérique de Nord s’effondraient, mais grâce aux ressources non conventionnelles, les réserves prouvées ont augmenté de 68 %, a expliqué Ryan Lance, PDG de ConocoPhillips, lors d’un séminaire organisé par l’Opep (Organisation des pays exportateurs de pétrole) mi-juin à Vienne. L’Amérique de Nord pourrait devenir autosuffisante en pétrole et en gaz d’ici à 2025. » Déjà l'an dernier, pour la première fois depuis plus de 60 ans, les Etats-Unis sont devenus exportateurs nets de produits pétroliers raffinés, ce qui devrait perdurer cette année.

Dépression du prix du WTI

La production de gaz pourrait être excédentaire au début des années 2020 (celle de gaz de schiste monterait à 3.400 milliards de mètres cube en 2025, contre 1.500 en 2010), mais les importations de pétrole seraient toujours nécessaires, selon l'EIA. « Il est presque impossible que les Etats-Unis soient autosuffisants en pétrole d'ici à 2025, même dans le scénario le plus optimiste, compte tenu des habitudes des automobilistes américains, confirment les analystes de Standard Chartered. Pour cela, il faudrait que la demande diminue de 1,5 % par an. » Toutefois, les Etats-Unis pourraient avoir intérêt à exporter le pétrole léger issu des formations de schiste, puisque les raffineries de la côte du golfe du Mexique (50 % des capacités du pays) sont davantage adaptées aux bruts plus lourds. Pour l'instant, les exportations de brut sont interdites par la loi et nécessitent une dispense du président.

Le boom du pétrole de schiste (extrait principalement du champ Bakken dans le Dakota du Nord) et du brut canadien se traduit par une dépression du prix du WTI, livré à Cushing, dans l'Oklahoma, où les stocks sont proches de leur niveau record. L'écart entre le WTI et le LLS (Light Louisiana Sweet, l'un des benchmarkssur la côte du Golfe du Mexique) s'élevait à 12,3 dollars le baril début juillet et celui entre le WTI et le Brent à 13,6 dollars. Les raffineries du Midwest bénéficient de marges confortables, alors que celles de la côte Est, qui doivent importer du brut étranger, plus cher, fonctionnent au ralenti. Pour désengorger Cushing, plusieurs oléoducs ont été inversés, comme le Seaway en mai, d'une capacité de 150.000 barils par jour (400.000 d'ici à 2013). Un projet de construction de pipeline entre l'Alberta, au Canada, et le Nebraska (le Keystone XL) attend l'accord du président. Ces efforts devraient permettre à l'écart entre le WTI et le Brent de revenir à 2,5 dollars le baril d'ici à fin 2013, selon Standard Chartered.

Les investissements, favorisés par les prix relativement élevés, ont explosé. Il y aurait eu environ 170 fusions et acquisitions dans le secteur du pétrole de schiste ces cinq dernières années, selon Standard Chartered. En janvier, le chinois Sinopec a pris un tiers des parts de plusieurs projets de l'américain Devon pour 2,5 milliards de dollars. Ces investissements peuvent être rentables si le prix du pétrole reste au-dessus de 50 dollars le baril, a indiqué Christophe de Margerie, PDG de Total, lors du séminaire de l'Opep à Vienne.

A long terme, la baisse du coût de l'énergie pourrait contribuer à réindustrialiser l'économie américaine. Les stratégistes de Barclays anticipent une relocalisation d'activités pétrochimiques de Chine aux Etats-Unis au cours des cinq prochaines années.Toutefois, la révolution du schiste n'en est qu'à ses débuts, et il est difficile de prévoir la productivité à long terme de puits aussi jeunes. De plus, le développement de nouveaux projets dépend en partie de l'évolution de la réglementation, notamment environnementale. Par exemple, les Etats de New York et du New Jersey interdisent la fracturation hydraulique, soupçonnée, entre autres, de polluer les nappes phréatiques.

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