Les Etats-Unis au bord d’une nouvelle récession

le 25/08/2011 L'AGEFI Hebdo

La croissance a plafonné à 1,3 % au deuxième trimestre, après 0,4 % au premier trimestre. L’économie est vulnérable à un nouveau choc.

L’économie américaine est-elle sur le point de caler ? Le marché des actions est en chute libre (le S&P 500 a perdu 16,5 % entre le 22 juillet et le 19 août), les indicateurs de confiance sont mauvais (l’indice de l’Université du Michigan, qui mesure celle du consommateur, est tombé à 54,9 points pour le mois d’août, au plus bas depuis 1980), les économistes revoient leurs prévisions de croissance à la baisse (1,8 % en 2011, selon le dernier sondage Bloomberg, contre 2,5 % anticipé début juillet), et le gouvernement et la Réserve fédérale (Fed) préparent les esprits à de nouvelles mesures de soutien.

Le premier signal d’alarme sérieux est venu des chiffres de la croissance au premier semestre. Le PIB n’a augmenté que de 1,3 % en rythme annualisé au deuxième trimestre, selon le Bureau of Economic Analysis (qui doit publier sa deuxième estimation, attendue en baisse, le 26 août), et de 0,4 % au premier trimestre (contre 1,9 % annoncé). Surtout, la consommation - plus des deux tiers du PIB - n’a progressé que de 0,1 % au deuxième trimestre, après 2,1 % au premier trimestre et 4 % au quatrième trimestre 2010. Le consommateur américain est à bout de souffle, compressé par le coût de l’essence (au-dessus de 3,5 dollars le gallon depuis début mars, selon l’Energy Information Administration) et le recul des prix de l’immobilier (l’indice S&P/Case-Shiller des vingt plus grandes agglomérations était encore en repli de 4,5 % sur un an en mai).

La Fed, qui avait déjà revu ses prévisions à la baisse, s’attend désormais à « un rythme de reprise plus lent les prochains trimestres », les facteurs temporaires du premier semestre (prix du pétrole, séisme au Japon) n’expliquant qu’en partie la faiblesse de l’économie ; et à une diminution « seulement progressive » du taux de chômage (9,1 % en juillet, selon le Bureau of Labour Statistics). Un taux de croissance supérieur à 2,75 % est nécessaire pour faire baisser le chômage, selon Jay Feldman, économiste de Credit Suisse. Le comité de politique monétaire (FOMC - Federal Open Market Committee) a averti que la situation pourrait justifier un taux d’intérêt directeur à un niveau exceptionnellement bas « au moins jusqu’à mi-2013 » (une annonce sans précédent) et qu’il était prêt à employer d’autres outils pour soutenir la reprise, sans préciser s’il pourrait engager une troisième phase d’assouplissement quantitatif (quantitative easing - QE 3). Les regards sont donc à nouveau tournés vers Ben Bernanke, le président de la Fed, qui doit prononcer un discours le 26 août à Jackson Hole.

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etournement de la confiance

Si la thèse du ralentissement gagne du terrain, elle ne fait pas l’unanimité. « La croissance devrait être supérieure à 2 % au second semestre, contre 0,85 % au premier semestre, prévoit Drew T. Matus, économiste d’UBS. Ce n’est pas très excitant, mais ce n’est pas une récession. » Les chiffres du mois de juillet sont d’ailleurs relativement positifs : 117.000 emplois non agricoles ont été créés selon le Bureau of Labour Statistics (contre 46.000 en juin et 53.000 en mai) ; les ventes au détail ont augmenté de 0,5 % par rapport à juin, selon le Census Bureau ; et la production industrielle a progressé de 0,9 % par rapport à juin, selon la Fed. « Les conditions de prêt des banques, un bon indicateur avancé des créations d’emplois privés, se sont améliorées ces derniers mois », ajoute Drew T. Matus.

La volatilité extrême des marchés, notamment depuis la dégradation des Etats-Unis par Standard & Poor’s le 5 août, risque toutefois d’entamer la confiance des acteurs économiques. « Il y a un retournement de la confiance, la question est de savoir dans quelle mesure les consommateurs et les chefs d’entreprise vont changer leur comportement dans les mois à venir, dit Kevin Logan, chef économiste pour les Etats-Unis chez HSBC. La croissance est déjà lente, une récession peut arriver rapidement. » L’enquête de la Fed de Philadelphie sur l’activité manufacturière, réalisée du 8 au 16 août, en pleine tempête financière, a donné une première réponse : son indice a baissé de 3,2 à -30,7 en août, son plus bas niveau depuis mars 2009. Pour certains économistes, il s’agit du premier signe annonciateur d’une rechute. « Un nouveau choc entraînerait une récession, prévient Jay Feldman. Un événement du type Lehman Brothers en Europe pourrait geler le marché du crédit et avoir un impact sur l’économie réelle. » La probabilité d’une récession dans les six mois à venir est de 30 %, selon Credit Suisse.

La crise financière peut aussi se transmettre à l’économie réelle via un effet richesse négatif. « Si le marché des actions reste au niveau actuel, les ménages auront perdu 2.300 milliards de dollars au troisième trimestre, et ils pourraient réduire leurs dépenses de consommation de 0,5 % à 1 %, estime Nigel Gault, chef économiste pour les Etats-Unis de IHS Global Insight. L’effet peut être bien pire si la crise conduit à un ‘credit crunch’, ce qui dépend en partie de ce qu’il se passe en Europe. » La situation est toutefois différente de celle de 2008. « Les entreprises ont des marges élevées, des réserves de liquidités très importantes, et n’ont plus de sureffectifs, observe Jean-Louis Mourier, économiste chez Aurel BGC. Selon FactSet Research, les entreprises du Dow Jones, au 30 juin, affichent une hausse de 18 % de leur cash et investissements à court terme sur un an, soit 256 milliards de dollars. »

Le gouvernement pourrait annoncer début septembre de nouvelles mesures de relance à court terme, dont la prolongation en 2012 de dispositifs existants, combinées à un effort budgétaire plus important à long terme. Le problème est que tout nouveau plan doit être approuvé par le Congrès, très divisé à un peu plus d’an de l’élection présidentielle. « Le débat sur le stimulus budgétaire a été perdu, c’est un mot qu’on ne peut plus prononcer, constate Nigel Gault. Une prolongation des indemnités chômage de longue durée et de la baisse des cotisations sociales salariales ne ferait qu’atténuer la contraction budgétaire. »

Trappe à liquidité

La Fed se retrouve donc en première ligne. En juillet, Ben Bernanke a détaillé les outils à sa disposition : préciser la période pendant laquelle les taux d’intérêt et le bilan de la banque centrale resteront à leurs niveaux actuels (ce qui a été fait pour le taux directeur le 9 août) ; acheter plus de titres ou allonger la maturité du portefeuille de la Fed ; réduire le taux d’intérêt payé aux banques sur leurs réserves. Trois des dix membres du comité de politique monétaire ont voté contre la précision donnée sur le taux directeur. Pour de nombreux économistes, aucune des mesures citées, pas même un QE 3, n’aurait d’impact majeur sur l’économie en raison de la trappe à liquidité dans laquelle elle se trouverait. « Il y a déjà beaucoup de liquidités qui ne passent pas dans l’économie, explique Omair Sharif, économiste de RBS. Le problème n’est pas la liquidité, ni les taux d’intérêt, ni les conditions de prêt, mais la demande de crédit qui n’est pas là. Les ménages sont toujours en train de se désendetter et ne veulent pas prendre de risques en raison de la valeur de leurs actifs, notamment immobiliers, et les entreprises restent prudentes étant donné l’incertitude sur les perspectives économiques. » En dépit de trois années de stimulus budgétaire et monétaire, la racine de la crise est toujours là.

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