Espagne, l’échec des politiques d’austérité

le 16/05/2013 L'AGEFI Hebdo

Malgré plusieurs années consécutives marquées par la rigueur, le pays n’arrive toujours pas à réduire son déficit public.

File d’attente de chômeurs à Madrid en avril 2013. Angel Navarrete/Bloomberg

Notre pays doit continuer à avancer sur la voie de la réduction du déficit public. C’est fondamental pour la croissance, la création d’emplois et le bien-être des Espagnols », affirmait Mariano Rajoy, chef du gouvernement, en mai 2012. Un an plus tard, malgré les mesures d’austérité adoptées, le déficit public atteint 7,1 % (10,6 % en incluant l’aide aux banques) au lieu des 5,3 % prévus en 2012. Quant à la croissance et au chômage, aucune embellie n’est en vue. Le pays reste englué dans la récession avec un repli de 1,4 % du PIB et les chiffres du chômage ne cessent d’exploser avec 6,2 millions de chômeurs, soit plus 27 % de la population active.

Le 29 avril, l’exécutif espagnol a dû admettre que malgré l’adoption successive de plans de rigueur qui visaient à économiser 150 milliards d’euros en trois ans, l’Espagne n’arriverait pas à atteindre ses objectifs de déficit fixés à 3 % en 2013. Pour l’économiste Jesus Castillo de Natixis, c’est le constat que  « les politiques d’austérité menées d’une façon agressive ne fonctionnent pas ».

Trêve de deux ans

Madrid a donc sollicité à Bruxelles une trêve de deux ans pour arriver à réduire son déficit à 3 %, tout en remettant aux autorités européennes une révision de ses prévisions macroéconomiques, ainsi qu’une liste de mesures fiscales et structurelles à mettre en place.

Dans son budget initial de 2013, le gouvernement était parti d’un tout autre cadre macroéconomique en tablant sur un recul du PIB de 0,5 %, un taux de chômage de 23,3 % et un objectif de déficit public de 4,5 %. Dans son nouveau Programme de stabilité envoyé à Bruxelles, Madrid se base sur des données beaucoup plus « réalistes », estime Miguel Angel Bernal, professeur d’économie à l’Institut d’études boursières, avec un repli du PIB de 1,3 %, soit le triple de ce qui était prévu, et un déficit majoré à 6,3 % contre 4,5 % initialement.

Depuis six mois, même le Fonds monétaire international (FMI) est arrivé à la conclusion, dans un rapport technique sur les multiplicateurs fiscaux, que diminuer les déficits publics prendrait plus de temps. De plus, appliquer des mesures d’austérité sans adopter de politique de stimulation de croissance s’avère, selon les experts, inefficace. Avec les mesures adoptées, l’Espagne n’a réduit « son déficit que de 4,2 points depuis 2009 alors que les mesures de consolidation fiscale lui ont coûté presque 8,5 points de PIB » , souligne Jesus Castillo.

Des déséquilibres excessifs

L’Union européenne tirait récemment la sonnette d’alarme, estimant « les déséquilibres excessifs » en Espagne, et pointe du doigt les dettes du pays. Pour Joaquín Maudos, professeur à l’Institut de recherches économiques de Valence, le problème n’est pas tant le niveau de la dette publique que sa forte croissance en peu de temps. En 2007, celle-ci représentait seulement 36 % du PIB alors qu’en 2012, elle atteignait le niveau record de 84 % du PIB. Selon le FMI, elle pourrait même atteindre 110 %. En raison de sa dette, l’Espagne paiera cette année 38 milliards d’euros de taux d’intérêt et une prime de risque très élevée qui pénalise les administrations et les entreprises au moment d’emprunter. Mais pour le professeur, l’investisseur ne s’inquiète pas du volume de la dette publique d’un pays tant que celui-ci est en pleine croissance.

Quelles mesures adopter ?

Miser sur la croissance est également, selon l’analyste de Natixis, crucial pour améliorer les finances publiques, « générer plus d’emplois, donc de recettes et d’impôts ». Quant à Joaquín Maudos, il estime que l’Espagne doit justement encore réaliser sa grande réforme fiscale. Pour lui, il n’y a que deux solutions : « Soit réduire les dépenses de l’Etat avec un impact négatif sur la santé, l’éducation, les allocations chômage et les retraites, soit augmenter les impôts. » De son côté, Miguel Angel Bernal est opposé à une hausse fiscale et prône des « mesures expansives » pour stimuler les entreprises. Selon lui, la clé du problème réside dans l’expansion du crédit et la politique monétaire de la Banque centrale européenne (BCE).

Joaquín Maudos pense également que la BCE doit mener une politique monétaire plus agressive puisque le Japon, les Etats-Unis et le Royaume-Uni déprécient leurs monnaies pour pouvoir exporter plus. « Il est primordial que la croissance reprenne en Europe car 60 % des exportations espagnoles vont vers la zone euro », souligne le professeur. Avec moins d’austérité et un effort de la BCE, l’avenir économique tant en Espagne qu’en Europe pourrait, selon lui, voir des jours meilleurs. 

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