Epargne salariale, la rentabilité à tout prix

le 20/12/2012 L'AGEFI Hebdo

Faute de taille critique, certains opérateurs s’unissent tandis que d’autres réduisent la voilure.

Epargne salariale, la rentabilité à tout prix

L’épargne salariale se retrouve dans le collimateur des pouvoirs publics. Fin novembre, le président de la République François Hollande a annoncé une nouvelle réforme « dans quelques mois ». Son objectif ? Pérenniser, conforter, élargir et stabiliser sur le plan fiscal et social les différents mécanismes de participation, d’intéressement et d’actionnariat salarié. De fait, le secteur aurait bien besoin de soutien. A fin juin 2012, les encours d’épargne salariale se sont élevés à 89,2 milliards d’euros - en hausse certes de 4,5 % par rapport à fin 2011, mais en recul de 5 % sur un an, selon les chiffres de l’Association française de la gestion financière (AFG). De plus, le versement moyen sur les plans d’épargne d’entreprise a diminué de 2,7 % au premier semestre, à 733 euros par épargnant, selon un baromètre publié fin novembre par Natixis Interépargne.

Dans ce contexte mitigé, la concentration du marché français s’accélère. Ainsi, CNP Assurances et Humanis planchent sur le rapprochement de leurs filiales dédiées, respectivement Fongepar et Inter Expansion. Sous réserve d’obtenir le feu vert du régulateur, les deux groupes pourraient finaliser leur union au 1

erjuillet 2013. Avec 4,1 milliards d’euros d’actifs gérés cumulés à fin juin, le nouvel ensemble se hisserait à la cinquième place du marché. Un mouvement qui pourrait en appeler d’autres. « Je pense qu’il y aura encore des consolidations en épargne salariale car c’est un secteur où les économies jouent pleinement », explique Yves Perrier, directeur général d’Amundi. Or le secteur reste encore très morcelé, 38 acteurs se disputant l’épargne salariale de 260.000 entreprises. Dans un marché dominé par Amundi et Natixis - qui détiennent respectivement 40 % et 21 % de parts de marché -, une quinzaine d’opérateurs gèrent moins de 100 millions d’euros d’actifs.

Conquérir les TPE-PME

La course à la taille critique s'avère une impérieuse nécessité, d’autant que l’activité reste difficile à rentabiliser. Si la pression est moindre sur la gestion financière, le métier de tenue de compte souffre toujours d’un déficit structurel (lire l’entretien). « Nous sommes sur une économie que nous n’arrivons pas à valoriser à son juste prix, contrairement à ce qui se passe à l’étranger, et c’est une constance de ce métier », déplore Pierre Schereck, directeur de l’épargne salariale chez Amundi. Or les opérateurs doivent en permanence réaliser d’importants investissements, notamment informatiques, tant pour s’adapter aux évolutions réglementaires et fiscales que pour satisfaire les attentes de plus en plus fortes des salariés et des entreprises en termes de niveau de prestations : sites internet, applications mobiles, centres d’appels, fiches d’information détaillées et personnalisées. « Naturellement, cette situation pèse sur la rentabilité de l’activité, en particulier pour les acteurs qui n’ont pas les moyens d’investir pour répondre à ce haut niveau d’exigence », explique Didier Trupin, directeur général de Natixis Interépargne. « Avoir une taille critique suffisante est donc très important pour être en mesure d’amortir nos investissements et offrir de plus en plus de services à nos clients, insiste Pierre Schereck. Il y a deux seuils industriels : celui d'un million de comptes, puis celui de 3 millions. La barre est donc assez haute. » Seules quatre plates-formes de tenue de compte peuvent aujourd’hui se targuer de jouer les premiers rôles : celles de Natixis, d’Amundi, du Crédit Mutuel-CIC et S2E, structure commune à Axa, BNP Paribas, HSBC France et Société Générale. « Le ticket d’entrée pour intégrer le Top 10 de la tenue de compte est élevé car il nécessite de mettre en œuvre une solution technologique optimale, confirme Philippe Crabos, senior manager chez Audisoft Oxéa. Or certains acteurs ont des systèmes vieillissants. Il y aura forcément des rapprochements dans les trois ou quatre prochaines années. » Les opérateurs n’ont pas attendu pour réduire la voilure. « Certains acteurs sont contraints de sortir de certaines niches produits ou d’abandonner certains segments de clientèle, observe Didier Trupin. D’autres se recentrent sur la distribution de l’épargne salariale et abandonnent le métier de producteur/teneur de comptes. »

Outre l'effet de taille, les rapprochements doivent permettre aux acteurs de renforcer la valeur ajoutée de la tenue de compte, une activité cruciale pour gagner des parts de marché et, surtout, conquérir le segment des TPE et des PME. « 80 % à 85 % des professionnels et des TPE restent inéquipés, constate Didier Trupin. Chez Natixis Interépargne, le marché des PME-TPE est un segment très actif, dont la croissance en 2012, comprise entre 10 % et 25 % selon les réseaux de BPCE, demeure très rapide. » Le discours est à l’avenant chez Amundi. « Diffuser plus largement nos produits vis-à-vis des PME et des TPE constitue un réel enjeu, estime Pierre Schereck. A l’heure actuelle, le taux d’équipement des TPE est en hausse constante, dépassant les 10 %. Mais il y a encore beaucoup à faire sur ces segments de clientèle, notamment sur les entreprises de 10 à 50 salariés où il y a un certain déficit d’équipement. » Tous les acteurs redoublent donc d’efforts pour simplifier leurs offres et faire preuve d’une pédagogie accrue auprès des entreprises. Nul doute qu’un coup de pouce des pouvoirs publics ne serait pas pour leur déplaire s'il permet de promouvoir l’épargne salariale auprès d’une clientèle plus large.

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