Dossier Gestion institutionnelle

Epargne retraite, l'indispensable refonte

le 20/03/2014 L'AGEFI Hebdo

Peu de retraités des pays développés échapperont à la vague de baisse notable des pensions.

Aux Pays-Bas, un employé de 69 ans. Le pays encourage le travail des plus de 65ans, afin de tenter d'allonger les durées de cotisation.Jasper Juinen/Bloomberg

Les retraités des pays développés ont du souci à se faire. Certes, leurs systèmes de financement des retraites se restructurent et bénéficient à l’heure actuelle d’un effet marché favorable à leur remise à flot. Les déficits de financement des fonds de pension, qui étaient à des niveaux alarmants en 2011, sont en train de diminuer, mais très progressivement.

Le ratio de financement moyen des fonds de pension à prestations définies des six pays de l’Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE) – qui ont publié des statistiques en la matière – a de nouveau dépassé 101 % en 2012. Le taux le plus bas est celui de l’Espagne, à 101 %. Le plus élevé, de 126 %, est délivré par la Finlande. L’amélioration est surtout remarquable aux Pays-Bas, où le ratio de financement moyen des fonds de pension du pays est passé de 102 %, au deuxième trimestre 2013, à 108 %, au troisième trimestre 2013.

Il est bien trop tôt pour crier victoire. Comme le précise BNP Paribas, 40 % des adhérents néerlandais continuent de cotiser à des plans insuffisamment financés. Nederlandsche Bank, la banque centrale et régulateur du secteur, a annoncé que 29 fonds de pension (correspondant à un million de membres actifs, inactifs ou retraités) réduiront leurs allocations retraites le 1eravril. La situation est certes moins critique qu’en 2013, où 66 fonds avaient été contraints de diminuer les pensions. « La plupart des retraites n’ont pas été augmentées afin de compenser l’inflation. La perte de pouvoir d’achat liée à cette non-indexation est d’environ 13 % depuis 2007 », calcule en outre Raymond Van Der Putten, économiste chez BNP Paribas.

Toujours déséquilibré, le bilan des fonds de pension s’est amélioré au Royaume-Uni. Selon le Pension Protection Fund, leur ratio de financement moyen s’établit à 93,7 % (en janvier 2014). Il est en deçà des 97,6 % atteints en décembre 2013, mais nettement au-dessus des 80 % du milieu de l’année 2012. Conséquence de cette insuffisance de financements, « liée aux taux d'intérêt bas, le revenu des annuités décline. Ensuite, la souscription à une rente viagère est devenue très coûteuse », observe Raymond Van Der Putten. Au début des années 1990, un Britannique de 65 ans avec une épargne placée dans un fonds de pension de 100.000 livres sterling (119.000 euros environ) pouvait acquérir une annuité lui procurant un revenu annuel de retraite de 15.640 livres sterling. Aujourd’hui, une telle annuité ne lui procure plus qu’une retraite annuelle d’environ 6.051 livres sterling…

Printemps noir

 

Peu de retraités des pays développés échapperont à cette vague de baisse notable des retraites. La France ne fera pas figure d’exception. Certes, comme le souligne Patrick Lajoinie, directeur général délégué de Russell Investments France, « son système de retraite supplémentaire est protecteur, porté par des assureurs solides, supervisés par l’Autorité de contrôle prudentiel et de résolution (ACPR) ». Il n’empêche, l'Arrco (Association pour le régime de retraite complémentaire des salariés) et l'Agirc (Association générale des institutions de retraite des cadres), gestionnaires des retraites complémentaires des salariés du privé, ont gelé les pensions cette année en ne les revalorisant pas par rapport à l’inflation. Cette remise en cause des anciennes habitudes de chaque 1er avril est conforme à l’accord du 13 mars 2013, signé entre syndicats et patronat, prévoyant une revalorisation des pensions inférieure à l'augmentation des prix pour 2013, 2014 et 2015. L’objectif est de tenter de réduire les déficits des deux régimes (5,5 milliards de déficit annuel prévus en 2017, contre 8,6 milliards sans application de l’accord) et d’éviter leur faillite à cinq ans. C’est un mauvais printemps pour les retraités français. Outre la contribution additionnelle de solidarité pour l'autonomie (Casa) – nouvelle taxe de 0,3 % –, ils vont subir aussi le report (prévu dans la dernière réforme des retraites) de la revalorisation annuelle des pensions de base. Elles ne seront plus indexées par rapport à l’inflation le 1er avril, mais chaque 1eroctobre.

A l’image des autres pays développés à la population vieillissante, la France « fait face à une situation de plus en plus difficile pour répondre aux contraintes de passif de son système de retraite », confirme une récente étude de Natixis Global Asset Management sur la sécurité financière des retraités dans 150 pays. La France arrive seulement à la quinzième place de son classement, dotée d’une note globale dopée par l’aspect « santé » mais amoindrie par le facteur « financement des retraites ». Suivant ce critère, les pays étudiés par Natixis les mieux placés sont l’Australie, la Nouvelle-Zélande, la Suisse, le Canada, puis ex aequola République de Corée, la Finlande et la Suède.

Transfert du risque d'investissement vers l'employé

 

Les pays éloignés de ce peloton de tête n’ont plus qu’à réformer leur système de retraite en profondeur et, à défaut, doivent tenter de sauver ce qui peut l'être encore. Cette situation explique la tendance, en particulier aux Etats-Unis et au Royaume-Uni, à remplacer les régimes de retraite à prestations déterminées (le niveau de pension à verser au salarié épargnant est prédéfini) par des régimes de retraite à cotisations déterminées (seul le niveau de contribution de l’employeur est prédéfini), « permettant de transférer le risque d’investissement de l’employeur vers l’employé », rappelle Raymond Van Der Putten.

Selon le « $20 billion club » créé par Russell Investments, regroupant 19 des plus importants fonds de pension représentant près de 40 % des passifs sociaux des sociétés américaines, les régimes américains à cotisations définies des membres du club représentaient 400 milliards de dollars fin 2012. « Les entreprises mettent aussi en place des programmes de transfert de risque, à l’instar de Verizon en 2012 », précise Russell Investments.

Leurs fonds de pension souffrent des bas niveaux des taux d’intérêt, même si leurs remontées de 2013 par rapport à 2012 (grâce à l’anticipation du tapering) « ont permis de réduire leur déficit combiné de 69 milliards de dollars », indique le spécialiste. La faiblesse des taux d’intérêt est un véritable casse-tête pour les fonds de pension. Elle accroît mécaniquement les engagements des régimes de retraites à prestations déterminées car « elle augmente la valeur actualisée des prestations futures. De plus, les affiliés aux régimes de retraite à cotisations déterminées doivent s’attendre à une baisse de ces prestations », expose Raymond Van Der Putten.

L’un des leviers pour tenter de limiter les effets négatifs de la mollesse des taux est l’optimisation des allocations d’actifs. De fait, nombre de fonds de pension songent à renforcer leurs investissements en actifs risqués. Le Government Pension Investment Fund (GPIF), le fonds de pension chargé de gérer la retraite publique du Japon, vient par exemple de signer un partenariat avec l’un des plus importants fonds de pension du Canada, Ontario Municipal Employees Retirement System (Omers), afin de co-investir dans des infrastructures (d’énergie, pipeline, ferroviaire). L’un des objectifs de cette initiative est d’obtenir des rendements supérieurs à ceux délivrés par le traditionnel obligataire d’entreprise. 

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