Entretien avec Guntram Wolff, directeur du Centre de recherches économiques Bruegel, à Bruxelles

le 05/12/2013 L'AGEFI Hebdo

Sur la politique macroéconomique, l’Union bancaire ou les questions de gouvernance, on ne voit pas poindre de convergence franco-allemande. Est-ce un problème 

Oui, c’est grave car rien n’avance en Europe si la France et l’Allemagne ne se mettent pas d’accord. Or ce couple est devenu très déséquilibré. Les Allemands se posent sincèrement la question de savoir comment rétablir la puissance économique de la France. Ils veulent un partenaire fort. Ils voudraient des réformes mais ils ne comprennent pas forcément où sont les problèmes.

Faut-il compter sur la pression des marchés pour les forcer à s’entendre ?

Je préfèrerais ne pas vivre le moment où elle se manifesterait et d’ailleurs je ne crois pas que cela arrivera. La première chose à faire serait d’engager des réformes dans les deux pays pour rétablir la compétitivité et résoudre les problèmes fiscaux en France, d’une part, et faire de l’Allemagne une locomotive pour la zone euro, de l’autre. En France, une refonte des retraites serait un bon début. Le principal problème actuel de la zone euro reste la faiblesse de la croissance en Allemagne. Elle devrait être le double de ce qu’elle est maintenant. Malgré les taux d’intérêt très bas et un accès au crédit facile, les entreprises investissent peu. Il y aurait toute une série de réformes à faire pour stimuler la concurrence dans les services, alléger la réglementation, avoir une fiscalité plus favorable à la croissance et soutenir l’investissement public.

L’arrivée d’une nouvelle coalition gouvernementale entre chrétiens-démocrates et sociaux-démocrates aidera-t-elle ?

Le contrat de la grande coalition est décevant. Il ne prévoit que 23 milliards d’euros d’investissement public supplémentaire sur quatre ans, alors qu’il en faudrait autant chaque année. Cela tient à une aversion générale pour l’investissement et le déficit, peut-être même pour la croissance elle-même. Le contrat a peu d’éléments favorables à la croissance. Quant au salaire minimum, il n’entrera en vigueur qu’en 2015 dans les Länder de l’Ouest et en 2017 dans ceux de l’Est avec, de surcroît, la possibilité d’y déroger pendant deux ans en cas d’accord entre syndicats et patronats. Nous n’allons certainement pas avoir un choc de la demande en 2014 !

Les réserves de Berlin sur la politique de la Banque centrale européenne sont-elles justifiées ?

Les Allemands devraient accepter que pour atteindre l’objectif de 2 % d’inflation dans la zone euro, il faut que les prix augmentent de plus de 2 % en Allemagne et entre 0 % et 2 % par exemple en Italie et en Espagne. Sans quoi, nous risquons d’avoir une politique déflationniste, ce qui poserait d’énormes problèmes dans les relations entre créanciers et débiteurs. La chancelière devrait expliquer cela à l’opinion.

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