Dossier Energie

Les entreprises prêtes pour les prochaines enchères carbone

le 12/07/2012 L'AGEFI Hebdo

Il s’agit pour elles de répondre aux attentes des acteurs économiques et de se conformer à une réglementation plus stricte.

En dépit des déceptions occasionnées par les récents sommets internationaux sur l’environnement, les entreprises avancent sur le sujet des émissions carbone. En Europe, elles doivent se préparer à la phase 3 du système d’échange des quotas d’émission qui commence en 2013. Gratuits jusqu’ici, les droits d’émissions vont devenir progressivement payants. « Pour la phase 3, le plafond d’émissions de CO2 s’élève à 1,9 milliard de tonnes pour l’Europe en 2013, avec environ 1 milliard de tonnes devant être achetées aux enchères, les entreprises électriques représentant 80 % de ce total, rappellent Véronique Laurent, associée responsable du secteur Energie & Ressources, et Jean-Michel Gauthier, chief economist officer Energie & Ressources, chez Deloitte. Cette part devrait passer à environ 60 % à l’horizon 2020 car d’autres entreprises entreront graduellement dans le système d’enchères. » En parallèle, l’ensemble des droits d’émission vont continuer d’être réduits, sur un rythme plutôt soutenu. « Autre nouveauté apportée par la phase 3 du système européen, le plafond d’émissions va être réduit de 1,73 % chaque année à compter de 2013, soit au niveau européen une réduction de 21 % des émissions en 2020 par rapport à 2005 », ajoutent Véronique Laurent et Jean-Michel Gauthier.

A priori, l’incidence de ces mesures sera limitée car le prix du quota se situe autour de 6 euros actuellement, contre 15 euros en 2009 et 2010 après avoir connu des pics à 35 euros. Des allocations en surplus sur les émissions, suite au ralentissement économique, expliquent cette situation et les entreprises ont constitué des réserves de quotas. Parmi les sociétés d’électricité, les plus contraintes sur leurs émissions, les groupes français sont favorisés. « Le secteur électrique francais a un meilleur modèle de mix énergétique que ses voisins, d’où des émissions de carbone plus réduites, indique Claude Nahon, directrice développement durable et environnement chez EDF. Ainsi, EDF a produit environ 30 grammes par kilowattheure en 2011, à comparer aux 350 à 400 grammes pour le secteur électrique allemand. »

Si l’impact financier de la limitation des émissions est faible pour les entreprises françaises, les acteurs entendent toutefois gérer au plus près leur risque carbone, ce dont rend compte l’activité du marché. « En 2011, pour un plafond physique d’émissions de 2 milliards de tonnes en Europe, les échanges ont portés sur 6,9 milliards de tonnes », précisent Véronique Laurent et Jean-Michel Gauthier. EDF dispose quant à lui d’un fonds de 280 millions d’euros spécialement destiné à couvrir ses risques carbone. « Il s’agit du plus important fonds créé par des acteurs assujettis à la contrainte carbone », souligne Claude Nahon. Et ce en dépit d’un certain manque de clarté sur les contraintes. « Nous voudrions disposer d’une visibilité à long terme, au-delà de 2020, sur le marché européen du carbone », poursuit ainsi Claude Nahon.

Coûts et image

Les entreprises tablent sur une dynamique persistante dans l’effort de réduction des émissions. « En dehors de l’ETS (système européen d’échange de quotas d’émission, NDLR), d’autres marchés sont en train de se développer comme en Californie, ou de se créer en Chine, en Corée et en Australie. Donc l’outil européen va garder son sens à l’avenir », estime Claude Nahon. En outre, les réglementations ont tendance à se renforcer. « En France, ce sont les entreprises de plus de 500 salariés qui vont devoir le faire, selon la loi Grenelle 2, pour la fin 2012 », explique Dan Vogel, président-directeur général d’Enablon, spécialiste en solutions de gestion de la performance d’environnementale, sociale et financière de l’entreprise. Mais au-delà de toute obligation réglementaire, les grands groupes tentent de réduire leur consommation énergétique pour des questions de coûts et d’image. « En France, on estime entre 2 et

3 milliards d’euros les dépenses des grands groupes pour améliorer leur efficacité énergétique, ce qui contribue à réduire leurs émissions de CO2 », relève Dan Vogel. Pionnier, EDF affiche un effort soutenu de longue date. « Les émissions de nos installations sont passées de 34 à 14 millions de tonnes entre 1990 et 2011, grâce à la fois à notre R&D (recherche & développement, NDLR), aux efforts du management et aux changements dans les méthodes de production, rapporte Claude Nahon. Nous faisons aussi des offres à nos clients pour les aider à améliorer leur efficacité énergétique. »

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