Enrichi, l’ISR sort du strict cadre de l’approche « best in class »

le 07/04/2011 L'AGEFI Hebdo

Les sociétés de gestion affinent, chacune à leur façon, leur processus de sélection de titres afin de donner plus de place à des approches qualitatives.

L’investissement socialement responsable (ISR) s’est pour une large part construit autour de l’approche dite « best in class », qui se concentre sur les sociétés affichant dans chaque secteur les meilleures pratiques en matière d’environnement, de social et de gouvernance. C’est notamment le cas en France, mais aussi ailleurs en Europe continentale, tandis que les pays anglo-saxons ont plutôt développé une approche basée sur l’exclusion. Mais au-delà de ce socle commun, la démarche best in class varie considérablement dans sa mise en œuvre d’une société de gestion à l’autre. Surtout, arrivée à une certaine maturité et confrontée à de nouvelles exigences des investisseurs et à un contexte boursier aléatoire, elle s’est récemment enrichie. Cependant, chaque maison apporte sa propre touche.

Ainsi, chez Groupama Asset Management, le processus, purement quantitatif, est complété par une analyse qualitative depuis 2008. L’univers éligible, qui retient les sociétés les mieux notées, soit 40 % d’entre elles dans chaque secteur d’activité, est tout d’abord enrichi par la « positive watch list », composée de 14 valeurs. Cette liste regroupe, toujours sur une approche quantitative, les sociétés exclues de peu de l’univers best in class, mais dont la dynamique en matière d’environnement, de social et de gouvernance laisse penser qu’elles pourraient intégrer la liste des meilleurs élèves à moyen terme.

Défis du développement durable

Par ailleurs, un comité ISR intervient pour définir la liste finale de l’univers investissable : il peut ajouter ou au contraire exclure des entreprises sur la base d’analyses qualitatives réalisées par le bureau d’analyse financière et extra-financière interne à Groupama AM. Ces séances de rattrapage interviennent chaque trimestre. « Les indicateurs ESG sont généralement actualisés tous les 18 mois par nos fournisseurs de données, qui travaillent par ailleurs sur des données souvent anciennes, précise Marie-Pierre Peillon, directrice de l’analyse financière et extra-financière de Groupama AM. Notre processus de gestion, qui complète le ‘best in class’ par l’approche qualitative donnée par notre équipe interne d’analystes, nous permet donc d’être plus réactifs. »

La démarche est différente chez Dexia Asset Management, mais elle vise là encore à compléter l’approche purement quantitative : la société de gestion a introduit en 2008 dans ses notes ESG six critères macroéconomiques de long terme comme le changement climatique, la surexploitation des ressources ou encore les évolutions démographiques. « Il s’agit de replacer l’entreprise dans le monde pour enrichir notre analyse, explique Isabelle Cabie, responsable de l’ISR. On ne s’intéresse pas seulement à la façon dont l’entreprise interagit avec ses parties prenantes (fournisseurs, salariés, etc.), mais aussi à la façon dont elle répond aux grands défis du développement durable dans l’absolu. »

L’univers best in class se limite aux valeurs les mieux notées (35 % du marché) à la fois sur le plan micro et macroéconomique. L’approche globale est donc véritablement intégrée au cœur du processus de sélection des meilleurs élèves de l’univers. « Il existe de nombreux fonds thématiques autour de l’un ou l’autre des grands défis du développement durable comme le changement climatique, poursuit Isabelle Cabie. Notre spécificité est de tous les intégrer à notre process de sélection ‘best in class’. »

Chez Dexia AM comme chez Groupama AM, la démarche consiste donc à enrichir l’approche ‘best in class’ classique, même si les moyens d’y parvenir diffèrent. Dans les deux cas, la sélection reste basée sur des critères environnementaux, sociaux et de gouvernance. Une autre voie est par ailleurs testée par les analystes extra-financiers de SG CIB, dans le cadre d’une étude sur l’ISR publiée début mars. « Le ‘best in class’ permet de classer les valeurs les unes par rapport aux autres, au sein d’un même secteur, sur le plan extra-financier, explique Yannick Ouaknine, analyste ISR et co-auteur de l’étude. Mais dans le cadre de la gestion, nous pensons qu’il faut aussi prendre en compte l’aspect financier des critères ESG en allant au-delà de leur intérêt éthique ou philosophique. » Pour chaque secteur d’activité, les équipes de SG CIB ont donc cherché à définir les thématiques ESG clés à intégrer lors de l’analyse financière traditionnelle, ceux qui auront un véritable impact sur les résultats des entreprises. « L’heure est à l’intégration : il faut réintroduire la perspective financière dans l’ISR, de la même façon que l’analyse financière classique prend désormais en compte, de manière systématique, certaines problématiques extra-financières comme la gouvernance d’entreprise », ajoute Yannick Ouaknine. Un travail de longue haleine.

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