Enquête 2012 EuroPerformance : un bilan (encore) mitigé pour la gestion en France

le 31/01/2013 L'AGEFI Hebdo

L’encours des fonds français a augmenté de 4,5 % en 2012 grâce à la reprise des marchés. Les rachats se sont poursuivis.

Enquête 2012 EuroPerformance : un bilan (encore) mitigé pour la gestion en France

Un marché français en perte de vitesse. C’est le constat que l’on peut dresser à la lecture du bilan 2012 de la gestion collective réalisé par EuroPerformance-a Six Company que L’Agefi Hebdo livre en avant-première. L’étude porte sur les fonds de droit français réellement commercialisés et retraités des doublons liés aux fonds maîtres nourriciers. Pour la troisième année consécutive et la cinquième depuis 2007, les gérants français enregistrent des rachats nets de 13,3 milliards. Un chiffre certes loin du record de 2011 (-82,8 milliards) mais qui porte le montant des retraits depuis six ans à 194 milliards ! Maigre consolation, l’encours total progresse néanmoins de 33 milliards (+4,5 %) à 763 milliards grâce à la progression des marchés actions et obligataires (les actions européennes ont progressé de 19 % en moyenne, tandis que les obligations ont gagné entre 12 % et 29 %). Malgré tout, l’encours global reste sous le niveau de 2009 (-13 %) et surtout du pic de 2007 (-27 %). « Ces résultats, à l’opposé de ceux enregistrés l’an passé où toutes les classes d’actifs avaient enregistré un net repli de leurs encours, n’en demeurent pas moins contrastés », souligne dans cette étude Alexandre Cassan, analyste chez EuroPerformance.

Une tendance à la contraction qui s’est également accentuée dans l’évolution de l’offre. Le nombre total des fonds a en effet baissé de 321 à 5.493, résultat combiné de la rationalisation des gammes (490 fonds fermés) et du faible nombre de créations de fonds (169), au plus bas depuis treize ans. « Dans un contexte toujours propice à la réduction des coûts au sein des sociétés de gestion, cette baisse sensible de la dynamique d’offre est plus particulièrement le fait des sociétés filiales des réseaux bancaires », note EuroPerformance.

Rebond de la collecte

Du côté des gammes, les produits monétaires ont retrouvé le chemin de la collecte (+4,8 milliards), mettant ainsi un terme à onze trimestres consécutifs de rachats (-129 milliards), dans un environnement hermétique au risque dans la première partie de l’année et malgré un ralentissement dans la seconde du fait de taux courts historiquement bas. La classe obligataire, principalement les titres de dette privée et notamment high yield (+1,5 milliard) - les investisseurs cherchant du rendement -, a refait le plein de souscriptions (6 milliards). La déception vient des fonds actions qui accusent une nouvelle chute avec 14 milliards de rachats, portant à 28 milliards les retraits en deux ans ! Ces rachats confirment qu’une grande majorité d’investisseurs, toujours paralysés par leur forte aversion au risque, est passée à côté du rebond.

Néanmoins, le second semestre a marqué une inflexion dans la décollecte des fonds actions. D’abord, les ETF (exchange-traded funds) ont bénéficié d’un regain timide d’appétit pour le risque. Après une année 2011 marquée par la chute d’un quart des encours (-11 milliards d’euros), en raison principalement des rachats sur les fonds de Lyxor AM en pleine bagarre entre promoteurs de fonds à réplication synthétique et ceux à réplication physique, ces fonds indiciels cotés ont regagné 1,4 milliard (41 milliards d’encours) grâce au retour tactique de la demande sur les indices. La tendance est encore plus marquée au niveau européen avec une collecte importante de 32,7 milliards de dollars, portant l’encours des ETP (exchange-traded products) à 367 milliards, selon BlackRock.

Autre signe du léger regain d’appétit pour le risque, les fonds investis dans des obligations convertibles ont bénéficié d’un rebond de la collecte au second semestre de 922 millions, soit une collecte nette annuelle de 190 millions. La tendance semble se confirmer. Au niveau mondial, les fonds actions ont enregistré un record de collecte au cours de la première semaine de l’année 2013 avec 22 milliards de dollars de souscriptions, selon EPFR Global.

Côté acteurs, les mouvements profitent à la gamme des produits de taux de quelques filiales de groupes bancaires et d’assureurs (voir le tableau). C’est le cas d’Amundi avec 12 milliards de souscriptions sur ce type de fonds (6,5 milliards de collecte globale) et de sa filiale BFT Gestion (4,4 milliards), de BNP Paribas pour 4,6 milliards en monétaire et 0,8 milliard en obligataire (3,3 milliards globalement) ou de CM-CIC AM (+5,3 milliards en produits peu risqués). Les filiales d’assurances les plus actives sont Groupama AM (+1,8 milliard), Macif Gestion (+0,9 milliard) ou Swiss Life AM France (0,6 milliard).

L’appétit des investisseurs pour les fonds obligataires a également favorisé les produits des banques privées et de certains indépendants comme Pro BTP Finance (collecte de 204 millions sur ce type de gestion), Ofi AM (172 millions de collecte nette globale) ou Oddo AM (520 millions dans les fonds obligations et 254 millions dans les produits d’obligations convertibles). Carmignac Gestion voit son encours bondir de 13 % à 46,2 milliards (la maison de la place Vendôme vient d’annoncer un encours global - y compris les mandats et les fonds de droit étranger - record de 54 millliards), grâce à la collecte de ses fonds obligataires (+0,8 milliard), mais surtout de ses fonds diversifiés (dont l’emblématique Carmignac Patrimoine) pour 2,5 milliards de souscriptions nettes. Il stoppe ainsi l’hémorragie de 2011, année au cours de laquelle le gérant avait accusé une forte décollecte de 7 milliards. Sans surprise, la plupart des sociétés de gestion présentes sur le segment des actions ont été affectées par les rachats dans ces fonds (à l’exception toutefois de quelques spécialistes comme Tocqueville Finance, Tobam, Moneta AM et Metropole Gestion).

Bilan mitigé

Cette nouvelle année de décollecte en actions handicape clairement l’industrie. Ce d’autant que le secteur est également malmené sur son autre front, la gestion sous mandats auprès de la clientèle institutionnelle. Ses encours ont certes progressé de 2,5 %, selon les chiffres de l’AF2I (Association française des investisseurs institutionnels), mais ont été en grande partie alimentés par la performance des marchés. Durement éprouvée par cinq années de crise, la gestion française a vu fondre ses résultats, conséquence d’un cocktail amer de baisse des encours et du niveau des frais. Si la contribution des produits de trésorerie, véritable fer de lance de la gestion française, aux résultats de l’industrie s’est réduite en raison de la chute des fonds de pension (8,8 % en 2011 contre 15,8 % en 2008) elle reste un pan important du secteur (40 % de l’encours). Et c’est la classe actions en berne depuis le début de la crise qui est le principal contributeur aux résultats (44,2 % en 2011 contre 42,7 % en 2008 pour 27,3 % de l’encours).

Surtout, EuroPerformance souligne dans son étude « la perte de dynamisme du marché français depuis deux à trois ans en comparaison d’autres grands marchés de fonds Ucits tels le Luxembourg et l’Irlande, mais aussi le Royaume-Uni et la Suisse ». Selon l’Efama (European Funds and Asset Management Association), l’ensemble des fonds Ucits (y compris français) avait globalement collecté 159 milliards (dont 80 milliards pour le Luxembourg et 40 milliards de flux pour les fonds domiciliés en Irlande) à fin octobre 2012, soit nettement mieux que les 84 milliards de décollecte de 2011.

Alexandre Cassan pointe, entre autres, les difficultés croissantes de la gestion d’actifs à capter l’épargne pour expliquer la lente réallocation vers les actifs risqués en France. Ce en raison de l’aversion marquée des ménages pour le risque après trois graves corrections sur les marchés d’actions en dix ans et de la concurrence des livrets bancaires, notamment réglementés. Sans compter la concurrence de plus en plus forte des sociétés de gestion étrangères, dont le nombre de fonds autorisés à la commercialisation en France a crû de 15 %.

Toute l’industrie se doit donc de réagir et de trouver des relais de croissance. Une piste étant le développement hors de France (Europe et pays émergents, comme le font les places de Luxembourg et de Dublin), à l’instar de gros acteurs, disposant de filiales à l’étranger, comme Amundi, Natixis AM ou Axa IM, ou même certains gérants indépendants comme Carmignac Gestion ou Comgest. En 2012, les fonds de droit étranger gérés par des sociétés tricolores auraient progressé de 8 %, à 205 milliards, selon l’AFG (Association française de la gestion financière). Mais la gestion française doit aussi reprendre le flambeau de l’innovation et trouver de nouveaux débouchés et canaux de distribution. Avec pour objectif, un retour à une collecte positive aidée par des marchés un peu mieux orientés.

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