Rencontre avec... Christian Dargnat, président de l’Efama, fédération européenne des fonds d’investissement

« Un enjeu très important pour le financement de l’économie »

le 12/09/2013 L'AGEFI Hebdo

La France, l'Irlande et le Luxembourg ont-ils des intérêts en commun à défendre concernant les fonds monétaires ?

Il y a des points communs très forts. Mais c’est surtout un enjeu très important pour le financement de l’économie européenne en général. Les fonds monétaires gèrent 1.000 milliards d’euros d’actifs, soit 15 % de la gestion en Europe. Ils représentent près de 40 % du papier émis par les banques à court terme (échéance à moins de deux ans) et 22 % de celui émis par les Etats et les entreprises. Cela explique la vigueur des réactions. Est-il judicieux de prendre un risque notamment sur le financement bancaire en ce moment ? Il faut se souvenir qu’à l’été 2011, quand les gérants de fonds monétaires américains ont cessé d’acheter du papier européen, cela a provoqué un choc sur le secteur bancaire européen. J’ajoute que les régulateurs ne sont pas d’accord entre eux sur le fait que les fonds monétaires représentent - ou non - un risque systémique.

En quoi cette proposition est-elle une menace ?

Le point le plus sensible concerne la création d’une réserve de capital de 3 % pour les fonds à valeur constante. En pratique, cette mesure annihile tout développement de ces fonds qui constituent près de la moitié de l’industrie européenne car cette contrainte, ajoutée aux autres, va faire baisser le rendement. Une partie va basculer vers des fonds à valeur variable ou des dépôts bancaires, mais pas uniquement.

N’y a-t-il pas pour autant matière à renforcer la sécurité de ce marché ?

L’industrie est favorable à des règles harmonisées sur la transparence. Elle est d’accord avec l’idée de garantir un niveau de liquidité ou de renforcer la politique de « Know Your Customer », autrement dit la connaissance des investisseurs et de leur stratégie. Mais certains éléments peuvent avoir l’effet paradoxal de renforcer les risques, comme les règles de concentration plus strictes. Aujourd’hui, les Sicav monétaires se concentrent sur les grands noms bancaires. Demain, ils risquent de devoir aller chercher des établissements plus petits et plus risqués. De même pour les entreprises, d’autant plus que les grands comptes émettent peu actuellement.

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