Un enjeu de souveraineté

le 27/10/2011 L'AGEFI Hebdo

Décidés à prendre enfin la mesure du cyclone qui balaie le continent, les responsables européens en étaient encore, à quelques heures du sommet de mercredi, à boucler techniquement le cordon sanitaire autour de la Grèce. Cela imposait de trouver un accord avec les banques sur la dépréciation à passer sur la dette grecque, de fixer définitivement les moyens du Fonds européen de stabilité financière dix-huit mois après sa création, voire d'y adosser un nouveau véhicule d’investissement aussi tardif que complexe ! Au moins les créanciers privés étaient-ils fixés sur l’effort de recapitalisation qui leur sera demandé : quelque 110 milliards d’euros, dont une petite dizaine pour les banques françaises. Si quelques optimistes impénitents veulent voir là le tournant de la crise européenne, craignons qu’ils ne doivent vite en rabattre. A supposer que des défauts juridiques, voire institutionnels, ne viennent pas mettre en péril l’échafaudage si péniblement érigé, à supposer aussi que la BCE accepte de jouer un rôle de rempart financier de dernier ressort sous la houlette d’un nouveau président audacieux, il apparaîtra que le plus dur reste à faire : redonner compétitivité économique et crédibilité budgétaire à la zone euro.

N’en déplaise aux démagogues de tous poils, cette crise est bien moins une affaire bancaire que de fiscalité et de compétitivité. Un immense monde émergent propose désormais aux investisseurs un champ illimité d’investissements nouveaux, aux perspectives de rentabilité séduisantes. En comparaison, l’endettement de l’Europe et demain sans doute des Etats-Unis paraît de plus en plus incongru et incompatible avec des niveaux d’activité assurant une création suffisante d’emplois. Autant il est facile de décider d’un trait de plume une recapitalisation du secteur bancaire, autant définir les moyens d’assurer en même temps croissance et désendettement est d’une effroyable difficulté. Or à la notable exception de l’Allemagne, le vrai défi est là. Il est là en Grèce où, en dépit des efforts imposés au secteur privé, la dette publique dépassera encore largement un an de PIB ! Il est là au Portugal comme en Italie où Silvio Berlusconi doit cesser ses clowneries en matière de réformes. Il est là même en France dont le déficit de compétitivité se lit dans les comptes extérieurs, et dont la fragilité criante des finances publiques devrait convaincre de l’urgence d’un retour à un excédent primaire fondé sur la réduction cohérente et durable des dépenses plus que sur une débilitante augmentation des impôts.

A en juger par les œillades appuyées qu’elle adresse déjà aux fonds étrangers, la souveraineté de l’Europe est déjà en jeu. Faute d’en prendre conscience, c’est par des contreparties humiliantes que ceux-ci lui rappelleront le vieil adage gaullien selon lequel les Etats n’ont pas d’amis mais seulement des intérêts.

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