Allocation d’actifs

Encore les actions

le 19/12/2013 L'AGEFI Hebdo

La diversification et la quête de rendement à tout prix guident la construction des portefeuilles.

Taureau devant la Bourse de Francfort, symbole de la hausse générale des marchés actions depuis le début de l'année. Photo: Ralph Orlowski/Bloomberg

Les investisseurs en actions des entreprises des pays développés se souviendront de 2013 comme l’un des meilleurs millésimes de l’histoire financière. Depuis janvier, le Nikkei 225 a gagné près de 48 %, le S&P 500, près de 25 %, et le FTSEuroFirst 80, plus de 16 %. L’heure de prendre ses bénéfices a-t-elle sonné ? Etant donné les performances boursières exceptionnelles de l’année, s’adonner à cet exercice est tentant, à l’image de ce que font nombre de gestionnaires d’actifs au mois de décembre afin d’assurer les gains qu’ils doivent délivrer à leurs clients. Une fois cette période de digestion passée, l’appétit pour investir revient souvent dès janvier.

De ce fait, les actions devraient être encore au cœur des stratégies d’allocations d’actifs. L'année « 2014 sera toujours favorable aux actifs risqués. Les liquidités vont demeurer abondantes. Les banques centrales vont poursuivre leurs politiques monétaires accommodantes », prédit Pascal Blanqué, directeur des investissements (chief investment officer group) d’Amundi. « Le risque pour le marché n’est pas une forte hausse des taux d'intérêt, mais une erreur de communication de politique monétaire », ajoute-t-il.

La Réserve fédérale (Fed) sera « prudente pour infléchir sa politique monétaire afin de ne pas mettre en danger la reprise économique aux Etats-Unis », estime Eric Mijot, co-responsable de la stratégie et de la recherche économique d’Amundi. La Fed souhaiterait laisser les taux longs augmenter afin d’éviter la formation de bulles, mais lentement, afin d’empêcher un retour en récession. Exemple, une montée incontrôlée des taux hypothécaires stopperait net la reprise du secteur immobilier. « Nous attendons un démarrage du 'tapering' [diminution des achats d’obligations d’Etat à long terme par la Fed, NDLR] au plus tôt en mars. Il se pourrait toutefois qu’il ne soit mis en œuvre qu’au cours de la deuxième partie de l’an

née. Une remontée des taux directeurs n’interviendrait qu’en 2016 », prévoit Géro Jung, chef économiste chez Mirabaud Asset Management.

La Fed a indiqué (en décembre 2012) qu’elle réfléchirait à une hausse de son taux d'intérêt directeur seulement si les anticipations d'inflation à moyen terme dépassaient 2,5 % et si le taux de chômage diminuait à 6,5 % de la population active. « Le taux de chômage américain actuel est loin de cet objectif – et il baissera moins vite que le marché ne le pense ☺–, sans compter les personnes sorties de la population active par démotivation », expose Géro Jung.

La banque centrale américaine est loin d’être la seule source de liquidités sur les marchés. « Dans le menu QE ('quantitative easing' ou assouplissement quantitatif), les Etats-Unis en sont au dessert, tandis que le Japon ne fait qu’attaquer le plat de résistance. L’Europe n’a même pas encore commencé l’entrée », résume Romain Boscher, responsable mondial des gestions actions d’Amundi (voir le graphiques).

Les investisseurs attendent aussi beaucoup de la Banque centrale européenne (BCE). Comme de coutume, ses interventions se font désirer. Benoît Coeuré, membre du directoire de la BCE, n’exclut pas l’éventualité de prendre de nouvelles mesures. Pour le moment, celles-ci ne sont pas jugées nécessaires : « Si nous en arrivons à la conclusion que l’inflation est trop faible, nous serions obligés d'agir. A ce stade, ce n'est pas notre scénario ».

Enthousiasme pour le Japon

La politique monétaire du Japon (la deuxième flèche du programme de relance du Premier ministre, Shinzõ Abe) est nettement plus souple. Le gouverneur de la Banque du Japon (BOJ), Haruhiko Kuroda, a annoncé en avril dernier l'objectif de doubler la base monétaire japonaise via un accroissement annuel d'environ 60.000 à 70.000 milliards de yens (13 % du PIB), et de corréler la politique monétaire à la situation intérieure du pays. Selon les prévisions de BNP Paribas, « aucune inflexion de cette politique d’assouplissement quantitatif, qui durera aussi longtemps que nécessaire afin de mettre un terme à la déflation, n’est à attendre avant 2015 ».

Ce message favorable au maintien de la faiblesse du yen plaît aux acheteurs d’actions des entreprises exportatrices nippones. Elles bénéficient d’un « effet comptable » positif de rapatriement des résultats réalisés à l’étranger par les entreprises. « L'indice Nikkei reste très corrélé à court terme au taux de change yen contre dollar. Pour un investisseur non résident, la performance du Nikkei est en partie effacée par les mouvements de changes. Si le pays connaît une véritable expansion grâce à la réussite d’‘Abenomics’, la politique économique prônée par Shinzõ Abe, la Bourse nipponne pourra être tirée par les résultats des entreprises domestiques, » commente Aurel BGC. Ce pari est fait par la plupart des allocataires d’actifs. Moins circonspects vis-à-vis de la Bourse japonaise qu’à la fin de 2012, ils conseillent désormais d’y investir en 2014 avec enthousiasme.

Une autre conviction des gérants est le potentiel d'appréciation des actions européennes. Pourtant, le tableau macroéconomique de la zone euro présente de nombreuses failles (lire l'entretien). « Le désendettement encore élevé du secteur privé, en particulier dans les pays périphériques, va continuer de peser sur l’activité. La bataille contre l’endettement se poursuit, même si l’accès des entreprises au crédit s’améliorera », observe Géro Jung (voir graphiques). Au sortir de deux années de récession, la zone euro pourrait voir son PIB progresser d’un petit 0,9 % en 2014, selon Amundi (à comparer à une croissance anticipée de 1,9 % au Japon et de 2,3 % aux Etats-Unis). Cela suffit pour plaire aux marchés. Ce qui prévaut, c’est l’espoir de découvrir des chiffres d’activité supérieurs aux attentes. A l’heure actuelle, l’idée en vogue chez les gestionnaires est l’arrivée de bonnes surprises en provenance du Vieux Continent.

Atouts et faiblesses américains

Un élément favorable également à l’appréciation des actions européennes est le rééquilibrage ou « 'rebalancement' des portefeuilles mondiaux marqué par une diversification des investissements au détriment de certains pays émergents aux balances courantes fragiles et des Etats-Unis », relève Pascal Blanqué. Le shutdown (la fermeture temporaire des administrations américaine) du mois d’octobre, à la suite de l’impossibilité des démocrates et des républicains de s’entendre sur le budget de 2014, a laissé des traces. Même si son impact a été absorbé d’un point de vue économique, et si l’hypothèse d’un défaut de paiement l’Etat américain a été évacuée à la suite d’un accord, « dorénavant, un risque supplémentaire est attribué aux actifs en dollars », observe l’expert d’Amundi.

Faut-il pour autant déserter la Bourse américaine ? Non, répondent généralement les gestionnaires d’actifs, et cela même s’ils surpondèrent l’Europe dans leurs allocations d’actifs. Les Etats-Unis, plus avancés que la zone euro dans le cycle de reprise de l’activité, conservent des atouts. Les entreprises désendettées – contrairement à celles de la zone euro – disposent d’importantes liquidités qu’elles pourront investir rapidement dès lors qu’elles anticiperont une accélération de la demande. Leurs chiffres d’affaires pourraient bénéficier d’une consommation intérieure plus soutenue qu’en 2013 en cas de sursaut de la confiance des ménages, elle-même liée à l'amélioration du marché du travail.

La construction des portefeuilles d’actions de 2014 – axée sur les valeurs cotées des pays développés – est fondée sur beaucoup d'espoirs… et peu de certitudes. « La répression financière, qui implique le maintien de taux d’intérêt nominaux très faibles, période que nous traversons encore, oblige à investir en actifs risqués », rappelle Bernard Aybran, directeur de la multigestion d'Invesco AM.

La quête de rendement à tout prix afin de placer des liquidités déversées à profusion – un paradigme toujours d’actualité en 2014 – conduit à de multiples excès. « L’obligation d’investir gonfle les prix des actifs en général », prévient le gérant d’Invesco. Cette donne peut masquer certains défauts. Dans l’obligataire à haut rendement (high yield) par exemple. « Dans un contexte d’afflux de capitaux, les entreprises fragiles continuent de se financer sans problème. Les difficultés sont cachées. Si les flux tarissent, les taux de défaut remonteront », avertit Eric Brard, directeur mondial des gestions taux d’Amundi.

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