En perte de vitesse, Carmignac poursuit son expansion européenne

le 23/06/2011 L'AGEFI Hebdo

La société de gestion chiffre à 2,5 milliards d’euros sa décollecte à fin mai, mais maintient le cap sur la Grande-Bretagne et les institutionnels allemands.

Le vent tourne pour Carmignac Gestion. Au 31 mai 2011, ses encours ont reculé à 50,5 milliards d’euros, après un pic à 55 milliards fin décembre. Sa stratégie d’investissement et sa politique commerciale ambitieuse lui avaient pourtant permis d’atteindre avant l’heure sa cible 2012 : la barre des 50 milliards d’euros d’actifs avait été franchie dès l’automne dernier. « Nous n’avons pas d’objectifs de taille aujourd’hui, assure Eric Helderlé, directeur général de Carmignac Gestion. Nous voulons consolider nos 50 milliards d’euros d’encours, diversifier notre clientèle, élargir notre maillage géographique et mieux répartir les flux vers nos fonds spécialisés, centrés sur les émergents et les matières premières. »

Les mauvaises performances des fonds phares (voir le tableau), qui représentent les trois quarts des encours, sont sans doute à l’origine du désamour des investisseurs, mais la boutique d’Edouard Carmignac se veut confiante. « Nous entrons dans une phase de consolidation des marchés, estime Eric Helderlé. Nous nous préparons à un redémarrage des pays émergents dans lesquels nos fonds sont restés investis de manière continue, notamment Carmignac Patrimoine. »

En attendant, la boutique parisienne, qui était devenue l’un des premiers collecteurs d’Europe, subit depuis peu des sorties de capitaux conséquentes. Selon Europerformance, après 700 millions d’euros de souscriptions nettes en janvier, ses clients ont retiré 4 milliards d’euros de février à fin mai, sur les fonds de droit français qui représentent 90 % des encours. Pour Carmignac, l’hémorragie est moindre : « A fin mai, nous avons enregistré 2,5 milliards d’euros de retraits nets après avoir collecté 15 milliards en 2009 et 16 milliards en 2010, déclare son directeur général. Nous constatons des sorties sur Carmignac Patrimoine, Carmignac Emergents et Carmignac Sécurité. Les autres catégories sont plus calmes, mais nous avons du succès avec notre fonds matières premières, Carmignac Commodities. »

La maison parisienne admet des mouvements de capitaux « plus marqués » en Espagne et en Italie, où ses relations avec certains distributeurs sont tendues, ainsi qu’en Suisse. « En revanche, la France -qui pèse 15 % de nos encours -est assez stable, tout comme l’Allemagne et la Belgique, assure Eric Helderlé, et nos débuts sont positifs en Scandinavie. »

Doubler la clientèle institutionnelle

La Grande-Bretagne constitue la nouvelle cible de Carmignac, mais le chantier a pris du retard. « Nous sommes en train de recruter quatre personnes pour ouvrir un bureau de représentation à Londres, indique Eric Helderlé. Cela prend du temps car le marché fonctionne en relative autarcie et les rémunérations différées rendent les mouvements d’équipes plus difficiles. Même si nous avons une vraie notoriété, nous ne sommes pas encore un nom incontournable sur place. » Dans ce pays réputé difficile, la stratégie tranche avec celle adoptée en Italie et en Espagne, où la filiale luxembourgeoise de Carmignac a joué le rôle de poste avancé avant l’inauguration d’un bureau local. En Allemagne, les quatre commerciaux rattachés au Grand-Duché disposeront bientôt d’une antenne à Francfort, où les rejoindront trois nouvelles recrues. « Nous sommes déjà très présents auprès des distributeurs de fonds, mais voulons élargir notre spectre aux institutionnels allemands, y compris les grandes entreprises, explique Eric Helderlé. Sur l’ensemble de nos marchés, nous souhaitons doubler la part des clients institutionnels dans nos encours pour atteindre 20 % dans les prochaines années. »

Nouveau fonds émergent

Cette diversification s’avère nécessaire, compte tenu du poids atteint par Carmignac auprès, par exemple, des conseillers en gestion de patrimoine français. Pas question pour autant de proposer des solutions sur mesure aux institutionnels. « Nous restons une marque de distribution qui n’a pas vocation à servir tout le monde », prévient Eric Helderlé. « Nous ne cherchons pas à décrocher des mandats de gestion, pour ne pas nous disperser », ajoute Didier Saint-Georges, membre du comité d’investissement. Il préfère miser sur les 16 fonds ouverts, bientôt complétés par Carmignac Emerging Patrimoine. « Nous sommes en train d’enregistrer ce fonds luxembourgeois dans tous nos marchés pour un lancement paneuropéen en septembre », annonce Eric Helderlé. Mêlant actions et obligations, c’est le premier produit créé depuis 2007.

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