L'avis de... Laurent Quignon, économiste bancaire chez BNP Paribas

« En janvier, la marge d’intérêt apparente était négative »

le 21/04/2011 L'AGEFI Hebdo

Les marges des banques sont-elles trop étroites sur le crédit à l’habitat ?

Les marges ne peuvent pas être calculées pour chaque produit de manière universelle car le résultat dépend de l’allocation des sources de refinancement et de la gestion actif/passif. Leur calcul diffère d’un établissement à l’autre. Les banques adossent à leurs crédits à l’habitat des ressources courtes, stables pour la plupart, comme des dépôts, mais aussi des ressources plus longues, obligataires, pour limiter les risques de liquidité et de taux. Un bon indicateur est la marge d’intérêt apparente, calculée à partir des taux des prêts et du taux de l’obligation assimilable du Trésor (OAT) à 10 ans. En janvier, elle était négative. L’OAT était remontée sensiblement, et la répercussion sur les taux client s’est faite de manière différée. Depuis, la marge apparente est revenue en territoire positif, à 20-40 points de base.

Pourquoi la Banque de France appelle-t-elle à la prudence ?

La Banque de France rappelle d’abord que la rentabilité est une condition nécessaire à la stabilité du système bancaire. Les marges dégagées, entre 20 et 40 points de base, hors assurance et frais de dossier, suffisent à peine à couvrir les coûts opérationnels, la rémunération des fonds propres et le coût du risque. Si la banque de détail ne reposait que sur le crédit à l’habitat, considéré comme un outil de fidélisation, elle ne serait guère rentable. La Banque de France invite les établissements à répercuter la hausse des taux longs de marché sur leurs taux débiteurs, ce qu’ils n’ont fait que partiellement depuis l’été dernier, au bénéfice des emprunteurs. Elle considère que le rétablissement d’un prix plus proche du coût effectif permettrait une meilleure allocation des ressources, et un freinage de la production de prêts dont le dynamisme pourrait devenir un sujet d’inquiétude.

Les banques prennent-elles trop de risques ?

Non, le coût du risque sur le crédit à l’habitat est contenu. Les critères d’octroi, fondés sur la capacité de remboursement, sont particulièrement rigoureux en France et le taux d’endettement des ménages reste modéré au regard d’autres pays. Même si les marges d’intérêt sont étroites, la péréquation entre les produits permet de préserver la rentabilité de la banque de détail. De plus, les banques ont commencé à relever leurs taux client et devraient continuer à le faire jusqu’à l’été.

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