Christian Dargnat, président de l’Efama (European Funds and Asset Management Association)

« En Europe, de véritables opportunités sont à saisir »

le 30/01/2014 L'AGEFI Hebdo

L’industrie de la gestion d’actifs européenne a-t-elle retrouvé son niveau d’avant-crise ?

En matière d’actifs sous gestion, le secteur sort incontestablement de la crise. L’encours avait déjà augmenté de 9 % en 2012 par rapport à 2007. Pour 2013, nous nous attendons à un encours encore supérieur. La raison tient essentiellement à un effet de marché positif. Néanmoins, l’industrie souffre toujours. En témoigne une rentabilité qui entre 2007 et 2013 devrait s’effriter de 20 %. Alors que les marges s’érodent, les coûts augmentent du fait du surcroît de régulation.

Comment expliquer cette grande disparité entre les pays européens ?

L’aspect microéconomique est important puisque ce sont les pays qui ont touché un plus bas qui rebondissent, telles la Grande Bretagne ou l’Espagne. La France, pour sa part, pâtit de l’inquiétude des ménages et d’une forte aversion aux risques. A l’inverse, les Pays-Bas et la Grande-Bretagne ont une réelle inclination pour les placements actions. Enfin, la marque Ucits se vend mieux dans certains pays comme le Luxembourg ou l’Irlande, des Places réputées réactives et à la fiscalité clémente. Ainsi, le retour des investisseurs internationaux sur les actions a largement profité à ces deux marchés, avec des collectes respectives au troisième trimestre 2013 de 35 milliards et de 23,5 milliards d’euros.

Quelles sont les perspectives pour l’industrie ?

De véritables opportunités sont à saisir. Sur fond de croissance mondiale, les richesses des ménages sont adossées à 43 % en liquidités ! La captation d’une partie seulement de ces montants représente des sommes colossales. Cependant, de véritables menaces planent. Tout d’abord, l’abondance de régulation peut être nuisible. Il faut désormais « marquer le pas » et pouvoir en apprécier les effets. Ensuite, l’industrie pourrait être confrontée à une fragmentation renforcée du marché : les interprétations nationales rendent l’application des textes proposés par la Commission européenne diversement appliquée. C’est le cas de la directive Retail Distribution Review ou encore de la directive Prip’s (nouvelles obligations pour la protection des investisseurs particuliers) qui donne lieu à des traitements différenciés entres les acteurs. En excluant les assureurs, cette dernière directive favorisera une distorsion d’obligations et donc de compétitivité entre les gestionnaires et les assureurs.

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