En défaut macroéconomique

le 14/07/2011 L'AGEFI Hebdo

Il faut avoir la foi chevillée au corps pour imaginer que le gouvernement grec parviendra à remplir ses objectifs de réduction des déficits budgétaires et de stabilisation de la dette publique, présentés à la Commission européenne il y a quelques semaines. Mal en point depuis 2007 et en récession franche et nette depuis 2008 (plus de 15 % du PIB détruit), l’économie grecque est censée retrouver le chemin d’une croissance économique de 2 % à partir de 2013. Une croissance retrouvée en dépit d’une sévère cure d’austérité budgétaire infligée au pays qui, elle, va se poursuivre : le déficit doit passer de 10,5 % du PIB en 2010 à 2,6 % en 2014 (

voir le graphique ci-dessous). Dans ce cas, la dette publique rapportée à un PIB rabougri ne peut espérer au mieux que se stabiliser autour de 160 % du PIB malgré une importante réduction des dépenses et une hausse toute aussi importante des recettes fiscales. A ce rythme, le ratio dette publique/PIB parviendra à retrouver son niveau de 2008 (110 %) en… 2030. Pour aller plus vite, il serait nécessaire de dégager un excédent primaire (avant prise en compte de la charge d’intérêts) de 5 % à 6 % du PIB, ce qui est tout bonnement impossible d’un point de vue politique et social. Dans un avenir plus immédiat, la charge d’intérêts de la dette va avoisiner 20 % des rentrées fiscales, ce qui constitue de facto une hérésie pour les agences de notation. Enfin, l’économie grecque accuse un gigantesque déficit des comptes courants qui impose d’emprunter vis-à-vis de l’étranger l’équivalent de 10 % du PIB (70 % de la dette négociable est détenue par les non-résidents). Le scénario du gouvernement prévoit de diviser par deux le déficit courant d’ici à 2015. Ce qui signifie d’exporter à tous crins… Cette politique d’étouffement s’accompagne d’une chute des crédits à l’économie et d’un retrait des dépôts dans les banques (10 % depuis janvier après des retraits de 12 % l’an dernier), un signe de défiance manifeste des Grecs vis-à-vis de leur économie et de leurs banques. Elle s’accompagne aussi d’une baisse des salaires réels et de la consommation. Inutile de poursuivre. Les marchés ont parfaitement compris la situation. D’où leurs calculs sur le niveau de décote (haircut) nécessaire pour ramener le ratio de dette à un niveau supportable pour l’économie et susceptible de faire revenir la dette dans le marché : 40 %, 50 %, 60 % de décote... Les paris sont ouverts.

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