L'avis de... Philippe Weber, responsable études et stratégie, et Laetitia Baldeschi, stratégiste, CPR AM

« En cas de hausse des taux, le gouvernement pourrait demander de l’aide »

le 13/09/2012 L'AGEFI Hebdo

L’Italie pourra-t-elle bientôt demander l’aide du Mécanisme européen de stabilité (MES) et bénéficier de rachats de dettes par la Banque centrale européenne (BCE) ?

Tant que l’Italie pourra se financer sur les marchés, elle n’aura pas besoin de l’aide du MES et de la BCE. Les taux ont déjà reflué et les émissions à long terme devraient désormais mieux se passer. On peut espérer que l’annonce de la BCE soit en elle-même dissuasive et que les marchés n’aillent pas s’y frotter. D’un point de vue comptable, l’Italie n’a même plus besoin de capitaux extérieurs pour se financer car sa balance courante est devenue excédentaire. L’épargne des Italiens est suffisante. Cela dit, les investisseurs étrangers sont toujours présents, ce qui prouve bien qu’il n’y a pas de risque de défaut. Si, malgré tout, les taux repartaient à la hausse, le gouvernement pourrait parfaitement demander de l’aide.

Le gouvernement devrait-il alors prendre de nouvelles mesures d’ajustement budgétaire ?

La situation budgétaire de l’Italie est loin d’être la pire de la zone euro, avec un excédent primaire de 1 % du PIB en 2011 (contre 1,6 % pour l’Allemagne) et un objectif de 3,6 % cette année. A plusieurs reprises, la BCE a félicité l’Italie d’avoir mis en œuvre des réformes importantes, notamment structurelles. Celles-ci pourraient lui rapporter 5 points de croissance supplémentaires en cinq ans, selon le Fonds monétaire international (FMI). La réforme du marché du travail, même si elle a été atténuée sous la pression des partis politiques et des partenaires sociaux, a fait passer le nombre de contrats de travail de 46 à 8 ! En cas de programme d’aide, on pourrait peut-être demander à l’Italie une mesure symbolique pour rassurer l’opinion publique allemande, mais il n’y aura pas de nouveau programme d’austérité, qui aggraverait la récession.

La récession ne remet-elle pas en cause la politique de Mario Monti ?

Certes, la situation économique n’est pas agréable : le chômage progresse, la production industrielle et l’investissement reculent… Mais l’Italie est une économie solide et diversifiée. Son secteur bancaire est l’un des plus sains d’Europe. Les problèmes sont principalement structurels, et Mario Monti s’y attelle. Il faut qu’il aille vite avant les élections d’avril 2013.

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