L'avis de... Eric Dor, directeur de la recherche de l’Ieseg School of Management

« En cas d’éclatement de la zone euro, le statut des créances Target 2 est incertain »

le 08/11/2012 L'AGEFI Hebdo

A quoi est due la récente réduction des déséquilibres des balances Target 2 des banques centrales européennes ?

Le climat de défiance à l’égard de l’Espagne notamment s’est apaisé suite à l’annonce par la BCE des outright monetary transactions (OMT). La perspective qu’elle agisse massivement pour soutenir les cours des obligations souveraines a réduit les taux de rendement et freiné la fuite des capitaux. La chute des dépôts bancaires s’est aussi arrêtée, et ceux-ci ont même légèrement augmenté en septembre. C’est une bonne nouvelle si cela traduit réellement un retour de la confiance envers les pays périphériques. Mais il est trop tôt pour le dire, essentiellement en raison des incertitudes politiques et juridiques. La défiance pourrait revenir au galop si les espoirs étaient déçus.

La créance Target 2 de la Bundesbank traduit-elle un « sauvetage dérobé » des pays périphériques ?

Le mécanisme des créances et dettes intra-Eurosystème, qui résultent des transactions Target 2, a permis de remplacer le financement privé des pays périphériques par un financement octroyé par les banques centrales. De ce point de vue, il y a bien eu une espèce de sauvetage public des systèmes bancaires des pays en détresse. Toutefois, aussi longtemps que la zone euro est maintenue dans sa composition actuelle, le risque supporté par un pays du centre, comme l’Allemagne, n’est pas égal à la créance Target 2 de sa banque centrale, mais bien à sa part dans la mutualisation des prêts de l’Eurosystème aux banques des pays en détresse. Ce n’est que si des pays périphériques quittaient la zone euro et dévaluaient fortement qu’ils pourraient être en défaut sur leurs dettes Target 2 envers la BCE, ce qui pourrait menacer les créances Target 2 que les banques centrales des pays du centre détiennent sur la BCE. La Banque centrale imputerait d’abord ses pertes sur le revenu issu du seigneuriage qu’elle verse chaque année aux différentes banques centrales, ce qui se répercuterait sur les dividendes que celles-ci versent à leurs Etats. Ensuite, si la BCE devait être recapitalisée, chaque banque centrale, et donc son Etat souverain, devrait participer. En cas d’éclatement complet et de disparition de la BCE, le statut juridique des créances Target 2 est totalement incertain.

A lire aussi