L'invité de L'Agefi

En attente d’actions politiques

le 22/11/2012 L'AGEFI Hebdo

Les dirigeants doivent relever les défis qui leur sont posés en adoptant des politiques décisives pour dynamiser la croissance.

Par Philip Watson, CIO* Equities Mirabaud Asset Management

En quarante ans passés dans le secteur, je ne me rappelle pas avoir vu les investisseurs et les marchés tant préoccupés par les décisions politiques du monde entier.

En Europe, les annonces récentes de Mario Draghi (président de la Banque centrale européenne, NDLR) ont permis aux rendements obligataires des pays d'Europe du Sud de refluer temporairement, mais les marchés attendent de voir si les achats promis permettront aux rendements de se rapprocher des niveaux des Bunds ou des Gilts. Il est essentiel que l'environnement de financement s'améliore pour que ces pays puissent engager les réformes structurelles nécessaires et faire redémarrer leur croissance. Cette dernière est vitale, non seulement pour générer des revenus permettant d'endiguer les déficits budgétaires, mais aussi pour convaincre ces démocraties qu'il est possible de ramener le chômage à des niveaux politiquement plus acceptables. A long terme, pour la survie de l'euro, les pays en difficulté doivent adopter des politiques budgétaires plus convergentes et renoncer en partie à leur souveraineté nationale en matière de financement public.

En Chine, première puissance économique émergente et deuxième puissance économique mondiale, les investisseurs attendent non seulement de voir qui est celui qui dirigera le pays ces dix prochaines années, mais également quelles politiques seront instaurées pour revigorer la croissance, qui semble s'être considérablement essoufflée. La croissance est capitale pour la Chine car sa population commencera à vieillir dès le début de la prochaine décennie, et il est important que le pays s'enrichisse avant ! Le parti au pouvoir pourra-t-il encourager la société de consommation tout en gardant son emprise sur le pays ? D'ordinaire, quand les consommateurs ont plus de choix, ils ne sont pas plus tolérants envers un régime de parti unique. La relation du parti avec l'armée est un autre aspect notoire. D'ailleurs, le récent conflit avec le Japon concernant des îles sans grand intérêt est probablement précurseur d'une politique étrangère plus expansionniste de la part de la Chine.

En Amérique, la troisième zone critique du monde, la période électorale étant passée, les investisseurs sont suspendus à la question de la falaise budgétaire et à l'expiration imminente des baisses d'impôts de l'ère Bush. Malgré les perspectives favorables à moyen terme liées à l'essor de la production de pétrole de schiste (qui pourrait atteindre 2 milliards de barils/jour d'ici à 2016), les chefs d'entreprise américains que nous avons rencontrés confirment préférer l'attentisme devant tant d'incertitudes, ce qui explique peut-être la décision radicale de Ben Bernanke (président de la Réserve fédérale, NDLR) d'acheter des titres adossés à des créances hypothécaires. La Fed tente visiblement de stimuler la consommation en favorisant le redémarrage du marché immobilier américain, ce qui paraît possible compte tenu de l'ampleur de sa contraction, tant dans le neuf que dans l'ancien.

La bonne nouvelle toutefois, c'est que les marchés réagissent positivement lorsque les politiciens font preuve de courage et prennent des décisions sensées : le marché actions indien s'est ainsi envolé devant les réformes instaurées par Manmohan Singh (Premier ministre indien, NDLR). Espérons qu'il ne s'agisse pas d'un cas isolé et que les dirigeants relèveront les défis qui leur sont posés en adoptant des politiques décisives pour stimuler la croissance. Ce ne sera pas chose facile dans l'Union européenne, lorsque l'on réalise que la Grèce compte un million de fonctionnaires pour 13 millions d'habitants, soit quatre fois plus qu'il y a trente ans. Les économies développées doivent restreindre leur service public si elles veulent pouvoir financer les dépenses de soins de santé vouées à progresser bientôt du fait du vieillissement des populations au Japon, en Allemagne, en Italie et en France notamment. Même sous Margaret Thatcher, il n'a pas été facile de réduire le nombre de fonctionnaires, mais c'est désormais vital pour permettre au secteur privé de générer assez de croissance pour résorber les déficits, créer des emplois et faire face au vieillissement de la population. Hommes et femmes d'Etat, nous avons besoin de vous !

*Chief investment officer.

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