Entretien avec... Pierre Cailleteau, managing director département de conseil aux gouvernements dans une grande banque internationale

Des éléments vont faire jurisprudence

le 04/04/2013 L'AGEFI Hebdo

Propos recueillis par Marion Leblanc-Wohrer

Quelles leçons retenir du plan chypriote ?

Au-delà du chaos dans la gestion de la crise, plusieurs tabous ont été brisés. Même si Chypre est un cas particulier à de nombreux égards, des éléments vont faire jurisprudence. Le premier est le caractère illusoire de la garantie des dépôts dans les pays dont l’Etat est jugé peu solvable. Bien sur, les autorités européennes sont revenues sur leur premier projet de confisquer les dépôts en dessous de 100.000 euros. Mais l’anxiété va demeurer. Dans la plupart des pays, les fonds de garantie ne sont pas financés, et le projet européen est au point mort. Le second est le corollaire du premier : alors que toute la politique européenne de restructuration des systèmes bancaires en difficulté, par exemple en Irlande et au Portugal, repose sur la nécessité de ramener le ratio crédits/dépôts vers 100 % et de réduire la dépendance aux marchés, on met en doute la garantie des dépôts ! Cela complique sérieusement le mode de financement des banques. Leçon numéro 3 : pour la première fois, les déposants (au-dessus de 100.000 euros) sont mis à contribution pour recapitaliser une banque encore en état de marche. Bien sûr, dans le cas de faillites bancaires, on le voit aux Etats-Unis presque chaque semaine où la FDIC (Federal Deposit Insurance Corporation) ferme plusieurs banques, les déposants non garantis perdent leur mise. C’est aussi le cas pour Laiki, qui est liquidée. Mais dans le cas d’une banque en activité, c’est une première et cela a des conséquences graves : peut-on espérer qu’à la réouverture, les déposants y laissent encore leurs dépôts ? Le plus probable est que la banque sera durablement sous perfusion d’ELA (Emergency Liquidity Assistance, NDLR), si même sa franchise n’est pas définitivement ruinée. Dernier élément, l’instauration d’un contrôle des capitaux dans la zone euro, qui est une aberration dans une zone monétaire, rend plausible la sortie d’un pays de la zone euro. C’est lourd de conséquences. Jusqu’ici, cette éventualité était jugée impossible car cela provoquerait une fuite des capitaux.

Quid de la gestion des restructurations bancaires ?

C’est la première fois que les créanciers seniors sont impliqués dans une restructuration bancaire - hors le cas de deux petites banques au Danemark. C’est un doute supplémentaire sur la dette bancaire, et plus généralement le passif bancaire en Europe. Ce genre de mesures peut se comprendre mais s’il n’est pas compensé par une intensification brutale du processus d’unification bancaire, la fragmentation bancaire et financière dans la zone euro est probablement incoercible.

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