L'avis de... Michel Martinez, chef économiste France de Société Générale CIB

« Les effets multiplicateurs de l'austérité budgétaire se sont accélérés »

le 28/06/2012 L'AGEFI Hebdo

Les indicateurs avancés et les enquêtes de conjoncture en zone euro montrent une situation qui s’aggrave rapidement. Quelles en sont les causes ?

La crise du système bancaire espagnol, le psychodrame grec et plus généralement l’absence d’avancée sur la crise des dettes souveraines ont créé un choc d’incertitude et détérioré l’environnement des entreprises. Ces dernières entérinent le fait que le pas politique vers un partage des risques, plus de fédéralisme et d’abandon de souveraineté, est difficile à franchir. Et s’il est franchi, il prendra du temps. En clair, les entreprises européennes ont perdu confiance. Elles ont donc reporté ou tout simplement annulé leurs programmes d’investissements et leurs décisions d’embauches.

L’austérité budgétaire appliquée dans tous les pays en même temps semble provoquer des dégâts plus importants que prévu...

Assurément. Les effets multiplicateurs se sont accélérés. Auparavant, à 1 point de PIB de déficit public en moins correspondait 0,5 point de croissance en moins. Aujourd’hui, nous sommes à une relation de 1 pour 1 en raison de la synchronisation des programmes de consolidation budgétaire. Comme le secteur privé est dans l’incapacité de prendre le relais du secteur public pour les raisons exposées ci-dessus et en raison d’un accès au crédit difficile, nous avons révisé nos prévisions de croissance à la baisse en sachant que le point bas de la conjoncture n’est pas encore touché. L’évolution de l’activité économique sera négative de 0,4 % en 2012 en zone euro, suivie d’une croissance zéro l’an prochain. Cette année, des pays seront franchement en récession : -2,3 % en Italie et -2 %, en Espagne. D’autres la côtoieront comme la France. L’Allemagne suivra le mouvement tout en résistant mieux que les autres pays grâce à l’absence d’ajustement budgétaire, un plus bas historique du chômage et un taux très élevé d’autofinancement des entreprises.

Quel sera l’impact d’une croissance nulle en France sur les finances publiques ?

Aujourd’hui, l’activité économique en France est à l’arrêt, et dans le meilleur des cas, il n’y aura pas de croissance au second semestre. Le risque est d’entrer en récession. Pour tenir les engagements de réduction du déficit public (4,5 % du PIB cette année et 3 % l’an prochain), il faut d’ores et déjà trouver 6 à 8 milliards d’euros et au bas mot un minimum de 25 milliards l’an prochain.

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