Edmond de Rothschild s’organise pour devenir une marque de gestion

le 05/09/2013 L'AGEFI Hebdo

Le groupe globalise son métier. Toutes ses expertises seront disponibles pour l’ensemble de ses clientèles et marchés.

Une branche asset management et son patron, un directeur pour la gestion directe, un autre pour la multigestion, un troisième pour le commercial afin de promouvoir les expertises de six centres de gestion, à travers quatorze implantations : le schéma est simple. Mais notable car il se met en place entre Paris, Genève, Luxembourg, Francfort, Londres et Hong Kong chez Edmond de Rothschild (EdR), un groupe complexe par construction. La fusion entre EdRam (Asset Management) et Edrim (Investment Managers), la suppression de 66 postes à Paris (sur 264), les objectifs du plan stratégique de Christophe de Backer, chief executive officer d’Edmond de Rothschild (L’Agefi Hebdo du 20 décembre 2012), Laurent Tignard, recruté en mars comme directeur groupe de la gestion d’actifs, ne les commente pas. Pas plus que certains départs postérieurs à son arrivée, dont celui de Laurent Minvielle, patron de la multigestion alternative. « Je n’ai pas le sentiment que nous ayons perdu des talents en gestion. En tout cas, cela n’a pas d’impact négatif », tranche-t-il.

Simplification organisationnelle, synergies de coûts et de revenus (avec la banque privée) : une approche globale n’a que des avantages à ses yeux. « A fin juillet, nous comptabilisons près de 45 milliards d’euros sous gestion, en croissance d’environ 3 milliards par rapport à la fin 2012 », rappelle Laurent Tignard. L’objectif fixé par le plan stratégique : 66 milliards d’encours en 2016. « Deux leviers internes peuvent nous permettre de dégager 6 à 7 milliards : une plus grande proximité avec la banque privée du groupe, qui nous apporte 29 % de nos encours mais pourrait en représenter 35 % à 45 %, et le propre développement de ce métier, second pilier du plan stratégique, détaille-t-il. Les deux tiers de la croissance de nos encours viendront néanmoins d’une clientèle finalement assez diversifiée avec 44 % d’institutionnels et 27 % de distributeurs (‘retail’ ou banques privées externes). »

Vendre une « multispécialisation »

L’offre globale mise à leur disposition s’appuie sur des segments de gestions : les émergents hors Asie à Francfort, la multigestion alternative et le currency overlay (gestion devises) à Genève, etc. De fait, la spécialisation des équipes préexistant, « sur chaque place, nous avons peu de doublons », estime Laurent Tignard, sans avoir toutefois finalisé son schéma à Londres. De plus, les hommes clés étaient déjà dans la maison. « Alexandre Col, directeur des multigestions, est basé à Genève. Les 45 salariés y sont essentiellement dédiés à la multigestion, souligne Laurent Tignard. Philippe Uzan a été nommé directeur des gestions 'long-only, quelle que soit la localisation des équipes. » A l’inverse de la spécialisation côté gestion, « nous parvenons à une globalisation des ventes avec une équipe de 47 personnes dirigée par Guillaume Poli, nommé directeur du développement gestion d’actifs du groupe », poursuit-il. Dans certains pays, en particulier la Suisse, des embauches sont prévues.

Avec ce développement multipays, qui nécessitera de travailler la gamme de fonds et d’enrichir la Sicav luxembourgeoise du groupe, « le poids de la France comme marché de la gestion d’actifs du groupe sera dilué, mais restera toujours proche de la moitié du total », relève le directeur groupe. L’ambition internationale est mesurée, alors que 86 % des encours sont aujourd’hui concentrés sur six pays européens. « Là où nous ne sommes pas présents, nous pouvons passer des partenariats. Nous l’avons fait au Brésil avec BBM Investimentos.Nous attendons maintenant les accords des régulateurs pour mettre en place une commercialisation croisée », ajoute-t-il.

Pour autant, développer la gestion d’actifs du groupe sans perdre son prestige de « boutique » n’est pas une évidence. « Notre positionnement est plutôt celui d’un multispécialiste, précise Laurent Tignard. Et si nous n’avons pas toutes les expertises, notre multigestion a du poids (10 milliards de francs suisses). » Au-delà, donner naissance à une marque est un autre défi. Même si Laurent Tignard affirme qu’« Edmond de Rothschild est une marque forte partout dans le monde, sur laquelle il faut capitaliser », se souvenant que 200 ans d’histoire le contemplent : « A Francfort, nos locaux sont à deux pas du parc Rothschild ». Si le nom de Rothschild est un atout, il est partagé par différentes branches de la famille exerçant sur les mêmes métiers et parfois les mêmes marchés.

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