L’avis de Félix Orsini, coresponsable de l'origination mondiale corporate chez SG CIB

« Une diversification des stratégies d'émission »

le 13/03/2014 L'AGEFI Hebdo

Comment interpréter le mouvement de désintermédiation en Europe?

La remontée des taux fin 2008-début 2009 avait grippé le marché obligataire primaire, notamment high yield, mais les entreprises européennes ne voulaient plus dépendre uniquement des banques. Avec la crise, les investisseurs en capital ont scruté les risques de liquidité à court terme des entreprises, accélérant la nécessité pour celles-ci de faire appel au marché obligataire pour refinancer leurs dettes à plus long terme, avec près de 290 milliards émis en euros dès 2009 (moins de 150 milliards avant-crise). Malgré le coup de frein de 2010 en zone euro, la tendance à mieux équilibrer les financements bancaires et obligataires est structurelle, comme aux Etats-Unis, dans un contexte où la liquidité bancaire ne peut plus être considérée comme illimitée et peu chère.

Cela répond-il mieux aux besoins des émetteurs?

Les grandes entreprises européennes ont encore peu de besoins : cash-riches, peu de M&A, elles sollicitent le marché par prudence ou par opportunisme, même si les matelas de liquidités ainsi créés impactent leurs frais financiers, du fait des coûts de portage (différence entre coupons payés et revenus de trésorerie). Dans un contexte de risques macro-économiques et de taux attractifs, les émetteurs sont nombreux à faire appel aux marchés obligataires, certains pour la première fois. Ces « primo-émetteurs » représentent plus de 10 % des volumes, soit de 20 à 30 milliards d’euros chaque année. Les émetteurs plus récurrents mettent ce contexte favorable à profit pour diversifier leur stratégie d’émission avec des maturités plus longues (20, 30 ans ou plus), des devises différentes (dollars, renminbi, yen), des dettes hybrides, etc. Cette diversification de l’offre tente de répondre, de manière synchrone, à l’évolution de la demande avec des investisseurs plus spécialisés (IG, HY, ETI, dettes subordonnées, hybrides, convertibles) et surtout volontaristes dans leur recherche de rendement.

A lire aussi