Dissuasion

le 17/01/2013 L'AGEFI Hebdo

La Banque centrale européenne (BCE), aussi, sait innover. En témoignent les LTRO (long term refinancing operations) à trois ans en 2012 et maintenant les OMT (outright monetary transactions, des achats illimités dans le marché secondaire de titres souverains). Pour ces derniers, la simple annonce du programme de rachats de titres publics a suffi à détendre les taux d’intérêt sur les obligations souveraines italiennes et espagnoles l’an dernier. Car jusqu’ici, la BCE est intervenue avec une certaine parcimonie dans le marché ; le programme SMP (securities markets program) lancé en mai 2010 a porté sur 210 milliards d’euros. « En fait, la BCE comme la Fed et la BoE ont pris la place des investisseurs privés sur les marchés, sauf que la BCE a utilisé son bilan pour se substituer au marché interbancaire. Dans le premier cas, les liquidités de la Réserve fédérale sont allées dans le marché obligataire. Dans le second, elles sont allées aux banques », explique Christian Parisot, chef économiste d’Aurel BGC.

En théorie, 2013 doit marquer une inflexion pour la BCE si l’OMT devient opérationnelle. Pour les investisseurs, l’Espagne est le candidat tout désigné à ce programme. Mais Madrid ne l’entend pas de cette oreille. Les LTRO ont eu un effet bénéfique à la baisse sur les taux espagnols, le déficit commercial a commencé à se réduire de même que le solde au sein du système Target II. Restent tout de même de nombreuses incertitudes, rappelle une étude de Deutsche Bank. Grâce aux deux opérations LTRO à trois ans, les banques espagnoles ont acheté en 2012 l’équivalent des deux tiers des émissions. Rien de tel n’est prévu cette année, les investisseurs non résidents doivent donc prendre le relais. Le déficit public espagnol n’est pas maîtrisé en raison des écarts des régions soucieuses de préserver leurs prérogatives. Enfin, la dette publique est sous la menace d’une dégradation par les agences de notation en catégorie high yield. L’OMT a tout d’une arme de dissuasion, mais il n’est pas garanti qu’elle ne soit jamais utilisée.

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