Les dirigeants européens explorent le projet des eurobills

le 28/06/2012 L'AGEFI Hebdo

Des économistes estiment qu’ils pourraient être introduits par le biais des fonds de soutien existants afin de contourner l'obstacle d'une garantie conjointe et solidaire.

Au moment où les Européens cherchent à abaisser le coût de financement de l’Espagne et de l’Italie, l’idée d’émissions communes de dette souveraine à court terme dans la zone euro fait son chemin. Elle fait partie des sujets à l’étude à la Banque centrale européenne, à la Commission, au Conseil européen et à l’Eurogroupe, en vue du sommet des 28 et 29 juin. La directrice générale du Fonds monétaire international (FMI) Christine Lagarde a rappelé la nécessité d’aller par « étapes vers… des eurobills ». Le Premier ministre Jean-Marc Ayrault a lui aussi appelé à trouver des solutions pour faciliter « les émissions à court terme », tout en admettant que les eurobonds proprement dits étaient un objectif de moyen terme. Les eurobills sont également au centre d’un rapport parlementaire présenté récemment par l’eurodéputée Sylvie Goulard.

Un marché liquide et sûr

Pour l’instant, le sujet achoppe sur le problème de la garantie conjointe et solidaire sur les émissions souveraines. Mais en trois ans de crise, les experts ont eu le temps de peaufiner leurs chiffrages et d’intégrer les contraintes politiques qui ont jusqu’à présent empêché ce moyen apparemment simple de voir le jour. Les économistes Thomas Philippon et Christian Hellwig estiment que l’on peut rapidement créer un marché liquide et sûr d’environ 900 milliards d’euros par an sur les titres souverains de la zone euro d’une maturité inférieure à un an. Le refinancement commun de la dette à court terme présenterait de multiples avantages. En optant pour ces titres, « on couvre une plus grande partie des besoins de refinancement ». Dans le cas de l’Italie, la reprise, par une agence d’émission européenne, de tous les besoins à court terme à concurrence de 10 % du PIB permettrait de « couvrir 50 % des émissions annuelles, explique Christian Hellwig. C’est le plus efficace pour se défendre contre une crise spéculative ». De quoi, selon eux, réaliser une économie annuelle de plus de 6 milliards d’euros dans le cas de l’Italie et de plus de 3 milliards pour l’Espagne. Cela représente « un quart du plan Monti » de consolidation budgétaire, insistent-ils. Par ailleurs la détente des taux courts aurait un impact sur les taux longs de l’ordre de 1 %, selon Philippon et Hellwig.

Mutualisation de la dette courte

Le lancement d’eurobills présenterait aussi des avantages du point de vue des principaux garants. Sur une maturité aussi courte, le programme est facilement réversible, jugent ces défenseurs, et le retrait d’un pays, à la demande de son Parlement, possible. La surveillance budgétaire conjointe est également plus efficace. Certains plaident pour une prime de risque infligée sur la base des performances budgétaires des participants, laquelle pourrait alimenter un fonds de garantie ou serait reversée aux participants « vertueux ». Christian Hellwig reconnaît cependant que « politiquement, la garantie conjointe et solidaire ne passera pas ». D’où l’idée de présenter cette mutualisation de la dette courte comme « une continuation de la politique actuelle ». Ce serait possible en substituant aux garanties conjointe et solidaire celle des fonds de soutien existants : Fonds européen de stabilité financière (FESF) et Mécanisme européen de stabilité (MES). En prenant un « cas extrême » de « double défaut » espagnol et italien sur 40 % de leur dette, « la perte sur les eurobills serait de 100 milliards d’euros », calcule Christian Hellwig, ce qui pourrait être couvert avec les fonds actuels. Ce schéma s’avère proche de la proposition du Premier ministre italien Mario Monti consistant à faire racheter de la dette souveraine par les fonds de soutien. C’est la même idée « avec une concentration sur les achats de court et terme et sur le marché primaire », indique l’économiste. Introduits par le biais d’une garantie du MES, les eurobills pourraient ainsi être vendus « comme une alternative aux eurobonds, une intervention spécifique pour résoudre un problème particulier de liquidité », et non comme un changement structurel de l’Union économique et monétaire.

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