Dossier Contrôle des risques

La direction des risques de Natixis se renforce dans les activités de marché

le 13/10/2011 L'AGEFI Hebdo

Mise en place en juin 2010, l’organisation centralisée des contrôles porte déjà ses fruits dans les risques de crédit.

Une fois n’est pas coutume, Natixis semble relativement épargné par la défiance actuelle des marchés financiers envers les banques. « Nous sommes la banque française la moins exposée au risque souverain, pointe Luc-Emmanuel Auberger, directeur des finances et des risques chez Natixis. Nous avons diminué notre exposition avant que la crise ne devienne aiguë, en conservant seulement des positions de 'trading' minimales pour jouer notre rôle de teneur de marché dans les pays de la zone euro où nous sommes SVT (spécialistes en valeurs du Trésor, NDLR). » Faute de données détaillées avant décembre 2010, l'évolution antérieure ne peut être vérifiée. La banque de gros de BPCE détenait fin 2010 seulement 143 millions d’euros d’obligations de l’Etat grec en brut, puis 126 millions à fin juin, dont 70 millions d'euros en net dans son portefeuille de négociation. La détention de dette souveraine italienne a en revanche fortement crû, passant de 490 millions à 1,4 milliard d'euros dans le portefeuille de négociation, Natixis revendiquant le statut de SVT dans le pays.

Nouveau patron des risques de trading

Ces montants restent toutefois inférieurs à la moyenne et illustrent, pour Luc-Emmanuel Auberger, la gestion prudente menée par la direction centralisée des risques mise en place en juin 2010. Auparavant, les départements de contrôle manquaient de cohésion et ceux qui supervisaient la banque de financement et d’investissement (BFI) n'étaient pas suffisamment indépendants vis-à-vis des front-offices. La nouvelle organisation, révélée par L’Agefi Hebdo (le 6 mai 2010), a placé sous la direction de Jacques Beyssade cinq départements en charge des risques de marché, individuels, consolidés, opérationnels et enfin des risques des métiers d’épargne et de services (services financiers spécialisés, assurance et banque privée). La filière regroupait 443 salariés (hors consultants) à la fin du premier semestre 2011, contre 407 un an plus tôt, grâce au « renforcement des équipes des risques consolidés et de celles des risques de marché ».

Ce département comptait 55 collaborateurs en France dans l’organisation cible prévue au printemps 2010. S’y ajoutent cinq personnes dédiées à la politique des risques de marchés. Depuis mai dernier, l’ensemble est dirigé par Etienne Varloot, ancien adjoint aux risques de marché et de crédit de la Banque de France (lire aussi page 44). « Nous serons jugés à l’aune des résultats de nos activités de marché, mais nous sommes aujourd’hui davantage prêts qu’il y a un an à aborder une crise aiguë des marchés, assure Luc-Emmanuel Auberger. Cet été, nous avons mené des réunions quotidiennes de deux heures chaque soir pour analyser nos positions avec les front-offices. Nous en avons coupé certaines, sur les marchés actions par exemple, et continuons à mener une surveillance rapprochée de nos activités. » En un an, « la mesure des risques (limites de positions, etc.) a peu évolué, mais nous travaillons au renforcement du 'risk management', c’est-à-dire la mise en perspective de ces positions en fonction de l’évolution des marchés », poursuit le membre du comité de direction générale de Natixis.

Révision des critères de prêts

Du côté des risques de crédit, les bénéfices seraient « déjà visibles ». « A ma connaissance, depuis la mise en place de la réforme, nous n’avons perdu aucune opération à cause d’un désaccord entre les équipes sur l’opportunité ou non de répondre à la demande du client, atteste Luc-Emmanuel Auberger. Nous avons désormais une politique précise adaptée à chaque opération. » La création d’un département des risques consolidés (en charge de la politique de crédit) et le remaniement de celui en charge des risques individuels (dédié aux opérations) faciliteraient le travail avec les front-offices, « notamment quand ceux-ci se réorganisent, à l’image du 'coverage' », l’équipe en charge des relations avec les grands clients de la BFI, tous produits confondus. Natixis assure disposer aussi d’un « portail informatique unique », donnant accès à toutes les positions de la banque, même si le rapport du cabinet Secafi, mandaté par les élus du personnel au printemps 2010, pointait « une forte hétérogénéité des systèmes informatiques » et « un manque de standardisation des référentiels » des risques consolidés. La nouvelle organisation reste en tout cas un atout pour se préparer aux règles de Bâle III qui vont restreindre l’accès au crédit bancaire. « Nous sommes en train de revoir nos critères d’octroi pour tenir compte de l’évolution des marchés, explique le directeur financier du groupe. Nous avons par exemple révisé le niveau de levier des financements d’acquisition et le niveau de collatéral nécessaire par rapport au montant des crédits. Les risques réfléchissent aussi avec la direction financière aux coûts de liquidité et au niveau de marge des opérations. » 

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