Devises, un moteur de performance... sensible

le 09/05/2013 L'AGEFI Hebdo

Leur gestion ne se limite plus à la couverture du risque de change. Désormais, dollar, yen ou peso constituent une véritable source de valeur ajoutée.

photo: Bloomberg

Deux chiffres valent parfois mieux qu'une longue explication : l'indice Nikkei 225 s'est envolé de 48 % sur les six derniers mois. Dans le même temps, l'euro s'est apprécié de 24 % face au yen. Autant dire que la performance réalisée par un investisseur français, en euros, sur les actions japonaises est sérieusement amputée par la baisse du yen. Cet exemple extrême met en lumière la nécessité, pour les investisseurs, de tenir compte des devises dans leur gestion. Le phénomène n'est certes pas nouveau. Mais il évolue : autrefois, les gérants utilisaient principalement les devises comme outil de couverture dans leurs portefeuilles. Il s'agissait, comme l'exemple japonais le démontre actuellement, d'éviter de perdre sur la devise ce que l'on gagnait sur le marché sous-jacent. Ces stratégies de couverture restent bien entendu d'actualité. Mais désormais, les gérants mettent aussi en œuvre une stratégie active sur les devises leur permettant de dégager de la performance. « La plupart des actifs se sont recorrélés depuis 18 à 24 mois, constate Alain Pitous, directeur adjoint des gestions d'Amundi. Les allocataires d'actifs réfléchissent donc à de nouvelles sources de diversification. Les devises répondent bien à cette problématique. »

Parmi les gérants long-only utilisant les devises comme moteur de performance, Carmignac Gestion fait figure de précurseur. L'ensemble des fonds globaux de cette maison mettent en œuvre une gestion active des devises, à l'instar du navire amiral Carmignac Patrimoine. « Le fonds est investi en actions internationales et en obligations internationales, explique Didier Saint-Georges, membre du comité d'investissement de Carmignac Gestion. Il en résulte une exposition sur une quarantaine de devises que les gérants décident de modifier, ou non, en fonction de nos anticipations et de leur poids dans le portefeuille. »

Gestion active

Carmignac Patrimoine est ainsi actuellement neutre sur l'euro, surexposé au dollar et pas du tout exposé au yen : tous les actifs détenus en monnaie japonaise sont intégralement couverts, ce qui a permis au fonds de profiter à plein du beau parcours des actions nippones ces derniers mois. « Nous menons une gestion active des devises, mais il s'agit pour nous d'un outil, ajoute Didier Saint-Georges. Notre cœur de métier reste l'investissement en actions et en taux. Nous ne proposons donc pas de fonds exclusivement investis sur les devises, ce n'est pas notre métier. »

De son côté, Amundi gère aussi activement les devises dans sa gestion diversifiée. « On ne raisonne plus par allocation d'actifs mais en budget de risque, précise Alain Pitous. La partie monétaire des portefeuilles euros ne rapportant presque plus rien, nous utilisons les devises pour en stimuler la performance. Par exemple en ce moment, nous investissons une partie du 'cash' en dollar, tout en vendant du yen. Cette stratégie est décorrélée de nos autres choix de gestions actuels, et même si elle ajoute un peu de volatilité, elle contribue à améliorer le couple performance-risque du portefeuille global. »

Autre témoignage de l'émergence des devises comme moteur de performance, les fonds de performance absolue spécialisés dans cette classe d'actifs se développent, à l'instar d'Amundi Absolute Forex ou encore de Natixis Performance Currency. Ce dernier produit a pour objectif de battre le monétaire de 2 % par an avec une volatilité de 2 %, grâce à des stratégies sur une quinzaine de devises parmi la quarantaine de son univers d'investissement.

« Nous suivons trois types de stratégies : une fondamentale basée sur l'analyse global macro et deux purement quantitatives, l'une dite de 'carry' et l'autre fondée sur un modèle propriétaire, indique Brigitte Le Bris, directeur taux internationaux et devises chez Natixis AM. L'allocation entre les trois est totalement discrétionnaire. »

Son fonds est aujourd'hui baissier sur le yen, neutre sur l'euro/dollar et haussier sur un certain nombre de devises émergentes comme le peso mexicain, le baht thaïlandais et le peso philippin. « Nous avons beaucoup de chance d'être en Europe car nous pouvons traiter toutes les devises dans de bonnes conditions : le matin pour les devises asiatiques, l'après-midi pour celles de l'Amérique latine », complète Brigitte Le Bris.

Les clients institutionnels suivent bien entendu de près la contribution des devises à la performance dans le cadre des reportings, tant dans le cas de fonds de performance absolue que pour des fonds diversifiés, actions ou obligataires. Car si la gestion active de l'exposition devises peut se révéler une véritable source de valeur ajoutée, elle peut aussi coûter en performance : on ne gagne pas toujours à ce petit jeu planétaire. « Les devises sont une classe d'actifs intéressante, expose Dominique Dorlipo, président de Russell Investments France, spécialisé dans la sélection de gérants. Cela fonctionne dans les fonds de performance absolue lorsque les devises sont un moteur de performance parmi d'autres. Mais nous sommes plus réservés pour les fonds utilisant les devises comme unique source de performance car nos études démontrent que peu d'entre eux parviennent à apporter de la valeur de façon régulière. »

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