Dossier spécial Fund Forum 2011

Développements et rationalisations en vue grâce au schéma maître-nourriciers

le 23/06/2011 L'AGEFI Hebdo

Le dispositif offre de nombreuses opportunités aux sociétés de gestion tant au niveau local qu’à l’international.

Nouvel outil de la directive Ucits IV, le schéma maître-nourriciers permet de regrouper, dans un OPCVM coordonné maître (master), des actifs gérés en y associant plusieurs OPCVM nourriciers (ou feeder) de différents Etats de l’Union européenne. Plus précisément, ces derniers sont investis au minimum à 85 % dans des parts du fonds maître qui, de son côté, doit recueillir les actifs d’au moins un fonds nourricier. Le montage présente plusieurs avantages et notamment celui de permettre la réalisation d’importantes économies d’échelle en évitant les formalités traditionnelles d’enregistrement de fonds, certaines missions de conseil, des prestations de services titres ou encore la rédaction de documents d’information.

Bénéficier d’un historique de performance

« Nous avons réalisé une étude afin d’appréhender les différents scénarios possibles pour positionner au mieux nos gestions, confie Philippe Leroy, directeur France de Raiffeisen Capital Management. Actuellement, nous disposons d’une gamme d’environ 250 fonds à Vienne et d’une Sicav luxembourgeoise, qui comprend pour l’heure cinq compartiments. Avec Ucits IV, nous pourrons créer des fonds nourriciers, qui bénéficieront à la fois de l’historique et des encours de leurs fonds maîtres, deux critères extrêmement importants dans le cadre des appels d’offres institutionnels, auxquels on peut parfois ajouter un code Isin local. » La firme autrichienne peut ainsi envisager la commercialisation de sa gestion à travers tout le continent et même au-delà : « Les investisseurs asiatiques sont en effet demandeurs de fonds luxembourgeois, ajoute le responsable. Grâce au schéma maître-nourriciers, il nous sera aisé de répondre à leur demande en nous appuyant sur notre expertise de gestion viennoise. »

De nombreuses combinaisons sont envisageables. « Jusqu’à présent, la possibilité de créer des structures maître-nourriciers entre fonds coordonnés et dans un cadre transfrontalier ne nous était pas offerte. Il sera en effet possible d’établir des passerelles entre les gammes de fonds de droit local, luxembourgeois ou irlandais », rappelle Christine Lacoste, directrice marketing de Natixis Asset Management, pour qui le schéma ouvre également des opportunités au niveau national : « Nous pourrons également aller plus loin dans la rationalisation des gammes de fonds de droit local, notamment celles qui font l’objet d’une distribution sur plusieurs réseaux bancaires. »

En toile de fond, la priorité est donnée à la proximité et à l’adaptation à la demande client. « Pour certains aspects, il existe bien sûr une alternative que sont les catégories de part d’un même fonds, précise Brice Henry, avocat associé chez Allen & Overy. Cependant, cette formule ne permet pas d’individualiser l’offre et de l’adapter à la demande locale en proposant un fonds avec un code Isin du pays en question, un libellé compréhensible par les investisseurs locaux, des frais étudiés et, le cas échéant, une approche de gestion susceptibles de répondre à d’éventuelles demandes spécifiques. » En effet, le schéma maître-nourriciers permet aussi d’individualiser à la marge l’approche de gestion dans la mesure où le fonds nourricier doit, au minimum, être investi à hauteur de 85 % de son actif dans le fonds maître. Il est donc possible de nuancer une stratégie en offrant une couverture au titre d’une exposition en devise ou d’une classe d’actifs spécifique.

De nombreuses perspectives s’ouvrent donc. Néanmoins, l’engouement pourrait ne pas être au rendez-vous : « La fiscalité, notamment, peut poser des problèmes. Chaque Etat étant un cas particulier, certaines incertitudes demeurent et les sociétés de gestion essuieront nécessairement les plâtres. Par ailleurs, l’information doit circuler entre les différentes parties prenantes, sociétés de gestion, régulateur et dépositaires », confie Brice Henry, qui regrette le projet avorté de passeport dépositaire européen : « Il aurait sans aucun doute facilité les choses. » Une piste à suivre pour Ucits V… 

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