Dette publique, la Maison-Blanche et le Congrès jouent avec le feu

le 14/07/2011 L'AGEFI Hebdo

Le relèvement du plafond d’endettement est attendu début août. Les émissions des Etats-Unis atteindront 25 % du PIB en 2012.

D’ici au 2 août prochain, la Maison-Blanche et le Congrès américain feront savoir s’ils sont tombés d’accord pour relever le plafond de la dette publique des Etats-Unis fixé à 14.294 milliards de dollars. Dans le cas contraire, le gouvernement américain sera déclaré en défaut technique, une impasse qui le contraindrait à ne plus payer ses fonctionnaires et à arrêter le règlement de ses dépenses. Avec le Congrès, il prendrait alors la responsabilité de révéler aux marchés financiers le danger de détenir des obligations publiques américaines. En d’autres termes, de montrer que le roi est nu.

Un précédent en 1995

Des sonnettes d’alarme ont pourtant été tirées de toutes parts ces derniers mois. Les trois agences de notation ont ouvertement menacé le AAA des Etats-Unis au cas où Républicains et Maison-Blanche ne trouvaient pas un terrain d’entente entre hausses d’impôts et baisses des dépenses budgétaires. Un accord temporaire (un relèvement de 1.000 à 2.000 milliards de dollars) - histoire de tenir quelques mois de plus jusqu’à l’élection présidentielle de 2012 - poserait « un problème », a même surenchéri Moody’s. A l’instar du Fonds monétaire international (FMI), les agences de notation attendent une consolidation budgétaire à long terme et une résorption des déficits publics (9,3 % du PIB en 2001 et 7,5 % prévu pour 2012). Autre conséquence de ces désaccords, la rumeur donne partant le secrétaire au Trésor Timothy Geithner dès la date fatidique passée, lassé par ces joutes politiques.

La fameuse limite qui a été relevée à 74 reprises depuis 1962 a été créée en 1917 pour donner la possibilité au Trésor américain d’emprunter sur les marchés de capitaux sans demander à chaque fois la permission au Congrès. Pour conserver la maîtrise de la politique d’emprunt, le Congrès avait toutefois fixé un montant. Le plafond était né. Une étude de Société Générale CIB rappelle que les Etats-Unis ont déjà connu un défaut technique. C’était d’octobre 1995 à mars 1996 et plusieurs artifices de gestion avaient été mis en œuvre pour passer le cap. A l’époque, expliquent les stratégistes de SG CIB, les marchés financiers avaient totalement ignoré le sujet. Cette fois, ils s’y intéressent de très près. Le plafond comprend à la fois la dette négociable sur les marchés (T-Bills, T-Notes et T-Bonds) pour un encours de 9.260 milliards de dollars (69 % du PIB) et la dette qui ne se traite pas sur les marchés, d’un montant de 5.080 milliards.

En tergiversant de la sorte, le personnel politique américain joue avec le feu. Car outre l’arrêt du programme d’achats de bons du Trésor par la Réserve fédérale (la fin du quantitative easing 2) fin juin qui a porté sur 600 milliards de dollars, il faudra compter avec les immenses besoins du Trésor en 2012. L’an prochain, les besoins de financement de l’Etat fédéral représenteront plus de 25 % du PIB : 18 points de dette à maturité et donc à refinancer et 7,5 points de déficit. Mais surtout, comme viennent de le souligner une nouvelle fois les projections budgétaires réalisées par le CBO (Congressional Budget Office, voir le graphique), sans réduction des dépenses (principalement les dépenses militaires) et hausses des recettes (la suppression définitive des baisses d’impôts de 2001 décidées par George Bush), la dette de marché des Etats-Unis pourrait partir vers des hauteurs vertigineuses : 190 % du PIB en 2035. 

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