La dette privée et publique espagnole atteint des sommets

le 05/07/2012 L'AGEFI Hebdo

La dette des ménages et des entreprises ajoutée à l'endettement public approche 300 % du PIB.

Nous devons résoudre le problème de la dette (...) Nous nous finançons à des prix trop élevés et il y a beaucoup d’institutions publiques espagnoles qui ne peuvent même pas se financer », déclarait le chef du gouvernement espagnol Mariano Rajoy peu de temps avant le Conseil européen des 28 et 29 juin derniers.

Le chef de l’Etat ibérique a de quoi s’inquiéter car la prime de risque espagnole - le surcoût que l’Espagne doit payer pour se financer par rapport au Bund allemand - atteignait la semaine dernière de nouveaux records à 500 points de base. En d’autres termes, l’Espagne rencontre de plus en plus de difficultés à emprunter sur les marchés pour se financer. Et ceux-ci ne cessent de mettre en doute la capacité du pays à honorer sa dette car selon Enrique Perez Hernandez, professeur d’économie à l’Institut d’études boursières (IEB), « à partir d’un taux d’intérêt de 5,5 %, on considère qu’un débiteur n’est pas en mesure de la rembourser. Aujourd’hui, le taux du titre d'Etat espagnol à 10 ans avoisine les 7 % », se rapprochant ainsi du seuil fatidique auquel la Grèce (8,7 %), le Portugal (9,7 %) et l’Irlande (8,3 %) avaient dû solliciter leur sauvetage.

Progression vertigineuse

La demande officielle d’un plan de sauvetage européen pour les banques espagnoles n’a pas empêché l’agence de notation Moody's de dégrader la note de la dette espagnole de trois crans, au bord de la catégorie spéculative. Pourtant, le prêt de 100 milliards d’euros que doit accorder l’Union européenne (UE) pour la recapitalisation des établissements bancaires de la péninsule augmentera la dette publique espagnole de manière temporaire. D'ici à quelques mois, le Mécanisme européen de stabilité (MES) prendra le relais et effacera du même coup la dette des comptes publics. Mais même si l’aide de l’UE via le MES ne fera plus partie intégrante de la dette publique, avec un déficit public de 5,3 % attendu cette année, on approchera d'un ratio dette publique/PIB de 80 %. La progression donne le vertige, l’Espagne affichait en 2007 un endettement public de 37 %.

Il y a plus inquiétant encore que l'ampleur de la dette publique qui se situe au niveau de la moyenne européenne et en dessous par exemple de celle des Etats-Unis : c’est le niveau de la dette privée. Fin 2011, l’endettement des agents non financiers franchissait le cap des 215 % du PIB, alors qu’au début des années 2000, il se situait à 122 % du PIB. « Le problème de l’Espagne, c’est l’endettement privé très élevé, souligne Enrique Perez Hernandez. Il représente 800 milliards d’euros pour les ménages, soit 80 % du PIB, 1.200 milliards pour les entreprises, soit 120 % du PIB. Si on fait l’addition de la dette publique et la dette des entreprises et des familles, on arrive à un endettement de 300 %. C’est un facteur explicatif de la méfiance des marchés. » 

Une méfiance alimentée par des indicateurs peu réconfortants : un taux de chômage record de 24,5 %, des prix de l’immobilier en chute libre et de sombres prévisions économiques pour 2012 puisque l’on table sur un recul du PIB de 1,7 %. « Ce que pénalisent les marchés, c’est une économie qui n’arrive pas à se redresser », souligne Joaquín Maudos.

Des mesures insuffisantes

Une opinion partagée par Ricardo Santos, analyste de BNP Paribas, qui prévoit une chute de la consommation de 2,5 % cette année. Selon lui, les nouvelles mesures d’austérité que compte annoncer le Premier ministre Mariano Rajoy pour consolider les finances publiques (baisse des salaires des fonctionnaires, augmentation de la TVA, introduction d’une taxe verte et réduction des déductions fiscales sur les biens immobiliers) ne suffiront pas à réduire le déficit public qui, selon les prévisions, pourrait dépasser les 6 %. Une accentuation du chômage pèserait encore plus sur les dépenses de l’Etat espagnol. Pour Enrique Perez Hernandez, « ne pouvant augmenter ses recettes, l'Etat doit réduire les dépenses des retraites, d’éducation, de santé et la taille de l’Etat et des communautés autonomes ». Mais s’attaquer aux dépenses publiques n’aura aucun impact sur l’endettement privé qui a atteint des niveaux insoutenables. Joaquim Maudos prévoit un ajustement « lent et douloureux » car « amortir tous les crédits bancaires contractés par les entreprises et les ménages pendant les années du boom prendra du temps ». 

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