DOSSIER Marchés émergents

Dette, le meilleur est passé

le 14/02/2013 L'AGEFI Hebdo

Les multiples attraits liés à la valorisation des titres souverains émergents s’estompent.

Aujourd'hui, acquérir de la dette émergente libellée en devises locales plutôt qu’en dollars devient un pari moins attrayant. Prashanth Vishwanathan/Bloomberg

La dette émergente peut-elle encore délivrer de la performance ? Probablement, mais « lors des six prochains mois, elle sera plus modérée qu’au cours des cinq dernières années, prévoit Pierre Pinel, directeur des investissements de Mirabaud Asset Management. L’appréciation remarquable de cette classe d’actifs depuis 2009 résulte à la fois du mouvement général de baisse des taux, dont il n’y a plus rien à attendre aujourd’hui, et de la forte réduction des 'spreads' ». L’écart de taux entre les titres de dette émergente et de dette sans risque américaine est passé de 750 points de base (pb) en moyenne en 2009 à environ 250 pb aujourd’hui, une diminution spectaculaire. « Les 'spreads' pourraient encore baisser pour retrouver, au mieux, leur niveau d’avant-crise, de 150 pb en moyenne en 2007, indique Pierre Pinel. Ce resserrement est justifié par l’amélioration des fondamentaux économiques. »

Après avoir été de 5,1 % en 2012, à son plus bas niveau depuis dix ans, la croissance du PIB des pays en développement pourrait être de 5,5 % en 2013, puis de 5,7 % et de 5,8 % en 2014 et en 2015, selon les prévisions de la Banque mondiale. Elle estime que les pays émergents vont profiter de la stabilisation financière à l’œuvre et de la reprise des pays développés même si celle-ci demeure molle. La Banque mondiale attend une augmentation du PIB des pays dits « à hauts revenus » de 1,3 % en 2013, puis de 2 % et de 2,3 % en 2014 et 2015. Un différentiel de dynamisme édifiant.

En manque d’élan, les pays développés, dont le Japon, le Royaume-Uni, la zone euro ou les Etats-Unis, vont poursuivre leurs politiques monétaires accommodantes. « La Réserve fédérale commencera à la durcir si l’économie américaine sort effectivement de l’ornière en enregistrant une baisse marquée du chômage à 6,5 % », rappelle Benjamin Melman, directeur de l’allocation chez Edmond de Rothschild AM. En attendant, les politiques non conventionnelles - comme les achats de titres du Trésor américain - vont se poursuivre. Le cycle de baisse du dollar par rapport aux devises émergentes devrait donc se prolonger. A moins que « l’anticipation, par les marchés, du changement de politique monétaire à venir de la part de la Fed ne limite la dépréciation du billet vert », nuance Benjamin Melman. Qui plus est, selon le gestionnaire, « la grande partie de l’appréciation du yuan par rapport au dollar est derrière nous. La Chine, qui a un important sujet de compétitivité à régler, sera moins encline cette année à laisser sa devise s’apprécier ». Acquérir de la dette émergente libellée en devises locales plutôt qu’en dollars devient un pari moins attrayant. « La dette locale apporte plus de performance mais est plus volatile et plus risquée », avertit Pierre Pinel. « Nombre de devises émergentes sont hypersensibles à l’appétit global pour le risque », ajoute Alexander Kozhemiakin, responsable de l’équipe dette émergente chez Standish.

Actifs de diversification

Les multiples attraits de la dette émergente - de l’espérance d’un fort resserrement des spreads, en passant par la baisse des taux, à un arbitrage sur les devises - sont en train de s’estomper. Dès lors, les flux d’investissements vers la dette émergente vont-ils se tarir, en faveur des actions émergentes jugées sous-valorisées par nombre de gestionnaires d’actifs ? Ce n’est pas encore visible mais « cela pourrait arriver progressivement », anticipe Pierre Pinel.

Les investissements en dette émergente libellée en dollars ont représenté 70 milliards de dollars et ceux en dette locale 25 milliards en 2012, et pourraient « progresser de 30 % cette année », estime Géro Jung, économiste chez Mirabaud Asset Management. A l’heure où nombre de taux réels des emprunts d’Etat des pays développés sont négatifs, les titres souverains émergents devraient continuer de jouer leur rôle d’actifs de diversification. Cela même s’ils sont concurrencés par d’autres actifs plus risqués. « Nous observons une accélération de la prise de risques depuis décembre », relève Dominique de Préneuf, directeur général de Franklin Templeton Investments. Les institutionnels français commencent à oser investir en actions, en particulier en actions européennes. Le tour des actions émergentes pourrait venir. 

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