La dette belge entre dans le collimateur des marchés financiers

le 06/01/2011 L'AGEFI Hebdo

De fortes tensions sont apparues sur le « credit default swap » et le « spread ». Le royaume va émettre 37 milliards d’euros cette année.

La Belgique en pilotage automatique », titrait il y a peu une note d’analyste en réaction à l’absence de gouvernement et d’orientations budgétaires depuis six mois. De fait, le pays est étroitement surveillé par les investisseurs et quelques-uns n’hésitent pas à le désigner comme le premier domino du noyau dur de la zone euro qui tombera en cas de contagion de la crise des dettes souveraines.

Dernièrement, l’institut EuroIntelligence publiait un rapport* sur les différentes politiques possibles pour le pays et leurs conséquences pour la dette publique, en rappelant que plus de 25 % du budget représente des transferts aux trois régions (Flandre, Wallonie et Bruxelles). Il établissait plusieurs scénarios de dévolution accrue des compétences budgétaires aux régions, du statu quo à la scission du pays avec, dans ce dernier cas, une interrogation de poids : quelle région reprendrait le stock de dette existante ? L’agence de notation Standard & Poor’s a apporté mi-décembre sa pierre à cet environnement délétère en plaçant le royaume sous perspective négative avec la menace d’une dégradation (le pays est noté AA+) si aucun accord entre la droite flamande (NVA) et les socialistes wallons sur la formation d’un gouvernement n’est trouvé dans les six mois. Et en cas d’accord politique, si aucune réforme d’ampleur des finances publiques n’est prise dans les deux ans.

A y regarder de plus près pourtant, l’économie belge ne mérite pas ce manque de considération. « La Belgique dispose d’institutions stables et le problème actuel se pose à l’échelon fédéral, rappelle Freddy Von den Spiegel, chef économiste chez BNP Paribas Fortis. Or, les régions ont une grande autonomie fiscale et sont gouvernées. » Mais surtout, ajoute-t-il, « les fondamentaux de l’économie belge sont bons. La récession a été faible et la reprise de la conjoncture est soutenue avec une croissance à la fois de la consommation et de l’investissement. L’économie belge est comparable à sa voisine allemande, elle est exportatrice et possède une balance courante excédentaire. Ce qui permet au pays d’avoir un important réservoir d’épargne ». Sans compter que la Belgique a d’autres atouts. Du côté des symboles, Bruxelles est la capitale de l’Europe ; la Commission européenne y réside et le Parlement européen y siège. Du côté de la gestion, le pays est l’un des rares en Europe à avoir montré sa capacité dans les années 90 à réduire sa dette publique, de plus de 130 % du PIB à 85 % juste avant le déclenchement de la crise. Du côté des banques, le pays a restructuré le secteur dans la douleur et il n’y a plus rien à craindre, considère la majorité des notes d’analyse. La minorité fait toutefois valoir que les bilans des établissements financiers comportent toujours des zones d’ombre.

Une dette « domestique »

Pour 2011, l’évolution des comptes publics est semblable à celle des pays voisins : un déficit en baisse et une dette en hausse. Le solde budgétaire sera ramené à un déficit de 4 % du PIB (4,8 % l’an dernier) et le ratio de dette publique/PIB franchira le seuil de 100 %. Le volume d’émissions d’obligations d’Etat (OLO-obligations linéaires) sera similaire à celui de 2010, soit 36 milliards d’euros auxquels il convient d’ajouter un important volant de bons à moins d’un an, les certificats de trésorerie pour 45 milliards d’euros, indique l’Agence de la dette belge. Les craintes des investisseurs sont pourtant bien réelles. Elles s’expriment au travers du CDS (credit default swap) du royaume (voir le graphique) et de l’écart de taux avec le Bund allemand qui a triplé en 2010 pour atteindre 100 points de base. En guise de protection, la dette publique belge peut se targuer d’être l’une des plus « domestiques » et donc protégées de la zone euro avec une part des investisseurs non résidents de 58 %, dont 33 % d’investisseurs en euros et 25 % en autres devises, pour l’essentiel des Européens.

Le blocage politique à l’échelon fédéral n’empêche donc nullement l’économie belge d’afficher des fondamentaux corrects et une faible vulnérabilité de la dette publique. Reste à savoir si ces fondamentaux seront suffisants sur les marchés financiers en cas de contagion déferlante... 

*Is Belgium next ?

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