La désinflation s'invite pour 2012

le 05/01/2012 L'AGEFI Hebdo

Les économies européennes et nord-américaine entament un mouvement d’extrême sagesse - et dans certains cas de baisse - des prix à la consommation.

Des économies atones ou entrées en récession, confrontées pour nombre d’entre elles à un credit crunch, des taux de chômage en hausse : l’environnement conjoncturel 2012 des économies occidentales est des plus propices à la désinflation, voire carrément à la déflation. Etats-Unis, Royaume-Uni et zone euro n’échapperont pas au phénomène. Dans le cas britannique, la pente désinflationniste vient de haut et devrait être abrupte. Partant de beaucoup plus bas, des pays « périphériques » du sud de l’Europe ou plus au nord comme la Suisse (déjà -0,8 % en novembre en glissement annuel) ont les deux pieds en déflation, entendu au sens strict comme une baisse des prix à la consommation (CPI).

En 2011, l’économie américaine a échappé à la menace de déflation qui la guettait grâce à la mise en œuvre par la Réserve fédérale d’une politique d’assouplissement quantitatif (quantitative easing, rachats massifs de titres de dette). Les prix à la consommation ont augmenté de 3,4 % (en novembre), une progression de plus de 2 points en un an. L’inflation sous-jacente (core CPI) qui exclut les prix volatils de l’énergie, a franchi le cap des 2 %, en hausse de 1,5 point sur l’année. Ces légères tensions ne seront qu’un feu de paille et vont vite s’atténuer. « De la colline à la vallée », telle est la direction que va prendre l’inflation aux Etats-Unis, « peut-être de manière significative », assure Andrew Tilton, économiste chez Goldman Sachs. Trois raisons justifient cette analyse. La première concerne le ralentissement de la hausse des prix des matières premières. Car même avec un baril de Brent à 127 dollars en fin d’année, cela représenterait une hausse de 15 %, soit la moitié de celle de 2011. Ensuite, le pricing power récupéré par les constructeurs automobiles l’an passé va disparaître. Enfin, la faiblesse du marché du travail américain imprime une forte pression à la baisse des prix du secteur des services et des loyers. Andrew Tilton table sur une inflation globale en dessous de 2 % en fin d’année avec une hausse de l’indice sous-jacent autour de 1 %. Il prévoit que le mouvement de désinflation se poursuivra en 2013.

La fin du mythe

Au Royaume-Uni, « la fin du mythe de l’inflation » est proche pour les économistes de RBS. L’inflation (4,8 % en novembre après 5 % en octobre pour le CPI et 5,2 % pour le RPI - y compris les intérêts hypothécaires), qui se situe au dessus de la cible de la Banque d’Angleterre depuis maintenant cinq ans, va fondre, expliquent-ils. Sur les trois chocs de niveaux de prix subis par l’indice - importante dépréciation de la livre au début de la crise et donc hausse des prix des produits importés, hausse des cours des matières premières et deux relèvements successifs du taux de la TVA -, « le moment de vérité est proche pour l’effet TVA ». Quel que soit le niveau de transmission de la hausse de la TVA dans l’indice des prix (de 66 % à la totalité, selon les estimations), l’effet de base à la sortie devrait être important, selon RBS qui prévoit un recul rapide de l’inflation pour arriver à un taux de 3 % en mars prochain.

La zone euro sera aussi partie prenante de ce mouvement de baisse des prix. Habituellement craintive sur ce sujet, la Banque centrale européenne (BCE) n’attend qu’une inflation moyenne de 2 % en 2012 (une fourchette de 1,5 % à 2,5 %) et de 1,5 % en 2013. Ce sera donc la désinflation ou son inquiétant prolongement, la déflation, qui accompagnera les économies développées tout au long de l’année prochaine. Le puissant mouvement d’effet de levier du secteur privé et des banques suivi bientôt de celui du secteur public est à l’œuvre. Il laisse loin derrière lui les préoccupations d’investisseurs qui s’inquiètent d’une éventuelle résurgence d’une inflation galopante pour cause de gonflement démesuré des bilans des banques centrales. Une crainte contredite par les faits. En zone euro, la masse monétaire progresse timidement (2 % sur un an) et se situe nettement en deçà de son évolution moyenne nécessaire à assurer une véritable croissance économique. L’inflation et surtout ceux qui l’attendent devront patienter encore longtemps.

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