Le désendettement à marché forcée des Américains

le 12/12/2013 L'AGEFI Hebdo

Aux Etats-Unis, la fin du « deleveraging » des ménages se rapproche. Il aura duré plus de cinq ans.

Logement vacant dans l’Illinois. La dette immobilère s'est réduite sous la pression des défauts de paiement. Photo: Daniel Acker/Bloomberg

Mi-2007, la bulle de l’immobilier résidentiel aux Etats-Unis éclate et les prix amorcent une longue descente. C’est le début d’un processus de désendettement des ménages américains. Fin 2013, les prix sont repartis à la hausse, de plus de 8 % en moyenne. Les particuliers peuvent apercevoir le bout du tunnel du deleveraging.

L’encours de crédit hypothécaire a cessé de baisser au troisième trimestre (+0,9 %, une première depuis 2008) mais c’est surtout sous l’impulsion d’un crédit à la consommation tonique que leur dette totale se stabilise au-dessus de 13.000 milliards de dollars. Comme le revenu disponible progresse plus rapidement que la dette, le ratio dette/revenu continue de diminuer. A plus de 130 % au début de la crise, il est redescendu à 104% à fin septembre. La chute est rapide. Depuis les années 50, c’est la première fois que l’encours de la dette régresse, qui plus est pendant cinq années d’affilée. La dette immobilière, qui a franchi le cap des 10.000 milliards de dollars au plus fort de la bulle, a maigri depuis lors de 1.350 milliards de dollars. La purge s’est opérée dans la douleur, essentiellement sous la pression des défauts de paiement.

Croissance du crédit à la consommation

« Le désendettement des ménages américains a deux sources », explique Inna Mufteeva, économiste à Natixis : « Les défauts et le comportement des ménages américains éligibles au refinancement ou qui remboursent en cash. L’encours du crédit hypothécaire continue de baisser, ajoute Inna Mufteeva qui rappelle que « c’est le crédit à la consommation qui a retrouvé des couleurs, tiré par le crédit automobile et la forte croissance des crédits aux étudiants ». Pour l’économiste de Natixis, il ne faut pas s’attendre à une stabilisation autour de 100 % du ratio dette/revenu disponible avant la seconde moitié de 2014.

Economiste à BNP Paribas, Alexandra Estiot fait une analyse similaire de l’état présent du désendettement des particuliers américains. « Il faut distinguer la dette hypothécaire qui n’a pas fini de baisser de la reprise du crédit à la consommation. » Pour Alexandra Estiot, « la situation du secteur de la construction n’est pas suffisamment rétablie pour permettre une reprise du crédit hypothécaire. Certes les prix remontent, mais les transactions tant dans l’ancien que dans le neuf subissent à nouveau un coup de frein ».

Du côté de l’octroi de crédit immobilier, les conditions d’accès demeurent difficiles, note Anton Brender, chef économiste de Dexia AM : « L’indicateur des conditions financières, à savoir le rapport entre les ventes de maison par tête et la part des ménages ayant l’intention d’acheter une maison », montrent des conditions d’accès au crédit difficiles, jamais vues depuis le début des années 80. Typiquement ce durcissement a des causes structurelles, le secteur bancaire classique ayant repris la main sur la production de crédit alors que la titrisation hypothécaire, qui a conduit à la crise des subprimes, n’existe pratiquement plus. « Désormais les pratiques d’octroi de prêt se rapprochent de celles qui ont cours par exemple en France. La qualité des emprunteurs est passé au crible du ‘scoring’ », indique Alexandra Estiot.

« Le risque principal pouvant empêcher une reprise du crédit reste l’éventualité d’une hausse des taux d’intérêt », précise Inna Mufteeva en faisant référence aux rumeurs d’annonce de « tapering » au printemps (le ralentissement du programme d’achats d’actifs mensuels de 85 milliards de dollars de la Réserve fédérale) par Ben Bernanke son président. De mai à septembre, le rendement du T-note s’est accru de plus de 100 points de base, entraînant un arrêt de la demande de refinancement de prêts hypothécaires sans pour autant affecter la demande de crédit à l’achat.

Encore quelques encâblures et le désendettement des ménages américains arrivera à son terme. Pour aboutir pleinement, il reste deux conditions à remplir : pas de hausse rapide des taux d’intérêt et une amélioration de l’emploi, sans laquelle il ne saurait y avoir de véritable reprise de la construction et de l’investissement résidentiel

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