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Les dépositaires étendent leur champ d'intervention

le 06/12/2012 L'AGEFI Hebdo

Les réglementations qui s’imposent à ces professionnels leur permettent d’accroître les services offerts aux investisseurs.

En imposant aux fonds alternatifs l’obligation de recourir à un dépositaire, la directive AIFM (Alternative Investment Funds Managers) donne aux spécialistes des titres l’opportunité de faire valoir leurs expertises particulières. Société Générale Securities Services a ainsi récemment décroché un mandat auprès de Swiss Life Asset Management grâce à sa capacité de services sur des fonds immobiliers, l’ensemble du contrat portant sur 60 fonds qui représentent 5,5 milliards d'euros d’actifs sous gestion.

De son côté, Caceis s’est fait une spécialité des fonds alternatifs et l’AIFM représente un creuset d’opportunités. « Les fonds non coordonnés désormais encadrés par l’AIFM représentent 40 % des actifs pour lesquels nous sommes dépositaires, soit presque 300 milliards d’euros déposés, souligne Gilles de Foucault, product manager à Caceis. Nous aidons nos clients à s’adapter à la directive. » La mission de surveillance des risques impartie aux dépositaires apparaît déjà fort étendue. « Rôle nouveau du dépositaire, il doit vérifier les droits de propriété des actifs sous jacents aux fonds dont il est dépositaire, précise Gilles de Foucauld. Nous étendons ainsi au-delà des fonds alternatifs notre activité de gestion de risques (contrepartie, liquidité), avec 'stress tests' (tests de résistance, NDLR) et calculs de VAR ('Value-at-Risk'), à d’autres types de fonds, spécialisés en capital-investissement et en immobilier. »

Sous-traitance

La responsabilité accrue des dépositaires avec AIFM va bientôt concerner leurs interventions auprès des fonds OPCVM, les acteurs dotés d’un réseau apparaissant les mieux placés pour offrir la sécurité maximale aux gestions. BNP Paribas Securities Services vient ainsi d’ajouter les Etats-Unis à son réseau. « BNP Paribas Securities Services avait déjà une activité importante d’administration de fonds auprès de fonds alternatifs et de 'broker dealer' proposant des financements, rappelle Claudine Gallagher, directrice de BNP Paribas Securities Services USA. Aujourd’hui, nous ajoutons l’activité de conservateur dépositaire local, avec une connexion directe à DTCC. » La banque contrôlera en moyenne 90 % des actifs de ses clients dans le monde.

Le plus souvent, les offres nouvelles sont liées à la directive Emir et au dispositif Bâle III, qui généralisent les dépôts d’actifs en garantie d’opérations de marché. « Le sujet du 'collateral' (actifs en garantie, NDLR) représente des opportunités d’offres mais tous les acteurs n’ont pas la capacité de porter de nouveaux risques et des engagements en fonds propres supplémentaires, explique toutefois Vincent Lefèvre, directeur services financiers chez Sopra Consulting. Historiquement, les conservateurs dépositaires sont des prestataires de services. Or une intervention sur le 'clearing' s’inscrit dans un autre modèle économique, cela suppose une gestion des appels de marge et la mobilisation de capitaux importants pour assurer la bonne fin des transactions. »

Les grands conservateurs français entendent bien s’emparer de ce créneau, à commencer par Caceis qui compte déjà une quinzaine de clients en sous-traitance. « Tout le traitement des dérivés OTC (de gré à gré, NDLR) et du 'collateral' a été centralisé auprès d’une équipe de près de 50 spécialistes, indique Laurent Durdilly, directeur marketing produit du groupe Caceis. Les investissements consentis par Caceis ces dernières années dans les systèmes d’informations représentent 7 à 10 millions d’euros, des montants qui vont continuer à progresser dans les deux à trois ans. » En pratique, le groupe sert d’interface entre le gérant et le clearing broker, pour calculer le montant du collateral exigé par les appels de marge, pour le gérer et pour optimiser l’utilisation des actifs donnés en garantie. BNP Paribas propose également une offre en ce sens, étant en outre clearing broker, avec un accès direct aux chambres de compensation. La banque met en avant sa notation « A+ » pour s’interposer entre les clients et les chambres, tout en assurant des services d’administration et d’optimisation du collateral.

La question du collateral devrait également susciter des changements dans le paysage des dépositaires centraux. Sans attendre l’avènement du cadre définitif prévu avec le règlement CSDR, il semble que, d’ores et déjà, de grandes banques américaines se positionnent pour formuler une offre de gestion tripartite (avec l'intervention d'un tiers de confiance) de collateral - le suivi du collateral, de sa propriété et de sa réutilisation étant également encadré par CSDR. « De grandes banques s’apprêtent pour cela à demander le statut de dépositaire central, avance Eric de Nexon, directeur des relations de place de Société Générale Securities Services. Elles connecteraient ainsi leur système de 'collateral management' à l’Eurosystème, comme c’est le cas des offres équivalentes de Clearstream et d’Euroclear. »

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