Les dépositaires convoitent le marché allemand

le 12/09/2013 L'AGEFI Hebdo

A l’image de BNP Paribas, les étrangers dominent et cherchent encore à se renforcer.

BNP Paribas Securities Services a révélé fin juillet qu’elle avait acquis des activités de dépositaire de Commerzbank. Krisztian Bocsi/Bloomberg

Au cours des dernières années, la restructuration de la finance allemande a complètement rebattu les cartes au sein d’un secteur jusqu’alors hermétiquement clos aux concurrents étrangers : les banques dépositaires. Aujourd’hui, ce marché est dominé par les grands groupes français et américains, à commencer par le numéro un outre-Rhin dans la conservation de titres, BNP Paribas. Fin juillet, BNP Paribas Securities Services (BP2S) dévoilait l'acquisition de l'activité de banque dépositaire dédiée aux OPCVM et fonds institutionnels de la deuxième banque allemande, Commerzbank. Egalement très convoitée par les autres acteurs majeurs du secteur, les groupes américains State Street, numéro un mondial, et Bank of New York Mellon, la division est donc tombée dans l’escarcelle de BP2S qui conforte ainsi sa place de numéro un allemand, loin devant ses concurrents américains et devant Caceis, la filiale du Crédit Agricole, qui occupe également l’une des premières places en Allemagne. Le prix de la transaction n'est pas précisé, des sources proches du dossier évoquent un montant inférieur à 200 millions d'euros. Fin avril, les actifs en conservation de Commerzbank représentaient quelque 93 milliards d’euros. Ainsi, BP2S gagne encore en poids sur ce marché où il avait déjà 187,5 milliards d’euros d’actifs sous conservation, devant le numéro deux State Street qui atteignait 176,9 milliards (voir le graphique). Le français renforce surtout sa position sur le segment des OPCVM grâce à son mandat auprès du gérant de fonds de l’assureur Allianz, AGI.

Pour BNP Paribas, ce rachat s’inscrit aussi dans sa volonté de pousser davantage ses pions au sein de la première économie européenne. Le groupe entend ainsi porter ses revenus en Allemagne à 1,5 milliard d'euros d'ici à 2016, contre 1,1 milliard en 2012, soit une croissance annuelle de 8 %, en moyenne. Pour Commerzbank, toujours en prise avec la crise de la dette, la conservation des titres ne fait plus partie de son cœur de métier. La banque explique que ce segment permet certes de générer des revenus réguliers, mais en raison des investissements dans l’infrastructure technique, il est aujourd’hui nécessaire de disposer d’une certaine taille critique pour faire face à la compression des marges. Un avis partagé par les autres banques allemandes.

Activités à vendre

State Street a ainsi été le premier étranger à prendre position en Allemagne en reprenant à Deutsche Bank ses activités dans la conservation, dès 2002. Il en est de même de BHF Bank et de l’ancienne banque publique WestLB, dont la banque dépositaire appartient aujourd’hui à BNY Mellon. Sans oublier Caceis qui a repris en 2007 la banque dépositaire du groupe munichois HypoVereinsBank (HVB) après que celui-ci eut été repris par UniCredit.

Estimé à un actif de 1.200 milliards d’euros, le marché allemand est l'un des plus grands d’Europe. Et tous les grands acteurs soulignent la volonté d’y poursuivre leur expansion. Ainsi, State Street a l’ambition de doubler ses revenus en Allemagne d’ici trois à cinq ans. Mais les candidats au rachat se font rares désormais. Selon les experts, seules certaines Landesbanken, les grandes banques publiques, pourraient jeter l’éponge et se séparer de leurs activités dans la conservation des titres. Parmi elles, BayernLB et NordLB seraient les candidats potentiels. Mais la consolidation se fait toujours attendre. C’est pourquoi les experts n’excluent pas une solution interne, à savoir la réunion des activités de conservation au sein d’une unique banque dépositaire.

La consolidation du marché allemand est donc appelée à se poursuivre, mais à un rythme ralenti. Certains estiment qu’à terme, seules 30 à 35 banques dépositaires sur les 52 actuellement survivront sur le marché allemand. Reste que le succès d’une banque dépositaire ne dépend pas seulement de sa croissance externe. Selon une étude du groupe de conseil Steria Mummert, les banques françaises en sont les meilleurs exemples. Ainsi, Société Générale Securities Services a augmenté le volume de ses actifs sous conservation de 2,3 milliards d’euros en 2010 à 5,9 milliards en 2012, sans procéder à un seul achat. Et BNP Paribas est même parvenue à se hisser au premier rang de ce segment en Allemagne par ses propres forces, depuis son installation dans ce pays en l’an 2000. Selon Markus Gehwald, directeur Asset & Wealth Management de Steria Mummert, ces exemples démontrent que l’acquisition de nouveaux mandats de conservation compte autant pour le succès d’une banque dépositaire que la croissance externe.

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