Rencontre avec... Dr Fatih Birol, chef économiste de l’Agence internationale de l’énergie

« Les dépenses d’importation de pétrole sont au niveau de 2008 »

le 08/09/2011 L'AGEFI Hebdo

La stabilisation des prix du pétrole et leur récente baisse peuvent-elles soutenir la reprise économique ?

Les prix du pétrole sont toujours élevés et représentent un risque pour la reprise économique qui est déjà fragile. Ils ont joué un rôle essentiel dans le ralentissement actuel, non seulement dans les économies avancés mais aussi dans les pays en développement. Il est important de noter que si nous avons une crise comme en 2008, les pays producteurs pourraient aussi être affectés. Ils ont besoin de « clients » avec des économies en bonne santé.

Le ralentissement de l'inflation ne peut-il pas aider les pays émergents ?

Cela serait possible si les prix du pétrole baissaient de manière significative, mais compte tenu de leur niveau actuel, au-dessus de 100 dollars le baril, je ne pense pas qu’ils seront d’un grand secours. N’oublions pas que la Chine et d’autres pays asiatiques, avec leur croissance forte, ont joué un rôle très important pour sortir le monde de la pire crise financière. Si leur croissance ralentit, cela aura des conséquences mondiales. Les niveaux d’inflation actuels en Asie sont beaucoup plus élevés que les cibles des banques centrales, notamment à cause des prix élevés du brut.

Quelle sera la facture pour les pays importateurs cette année ?

Si les prix sont en moyenne de 100 dollars le baril cette année, les dépenses d’importation pour 2011 seront de 400 milliards de dollars aux Etats-Unis, 380 milliards dans l’Union européenne, 150 milliards au Japon, 200 milliards en Chine et 80 milliards en Inde. Plus important, les dépenses d’importation par rapport au PIB sont maintenant au niveau de « l’année horrible » de 2008. Si les prix sont en moyenne de 100 dollars, le ratio sera de 2,6 % aux Etats-Unis, 2,1 % en Europe et 2,8 % au Japon. Pour l’Europe, cela peut même être un fardeau plus lourd car les prix du gaz naturel sont dans la plupart des cas liés à ceux du pétrole. Bien sûr, il y a aussi des gagnants. Les revenus d’exportation de pétrole de l’Opep devraient atteindre 1.000 milliards de dollars, un record historique.

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