Un homme, une équipe

Denis Panel met en œuvre une gestion tout terrain chez Theam

le 10/11/2011 L'AGEFI Hebdo

Son équipe spécialisée dans les stratégies de performance absolue affronte avec succès les secousses de marché.

Difficile de ne pas avoir le sourire en cette belle journée ensoleillée d’automne. La bonne humeur de la petite équipe, qui, au sein de Theam, s’occupe de la gestion de performance absolue, en ferait presque oublier les moments difficiles que traversent les marchés financiers. Il faut dire que les bons résultats réalisés par ces gérants le justifient. Dans la tempête qui a secoué les Bourses, l’équipe dirigée par Denis Panel, le responsable des investissements de Theam, a affiché une performance positive quand huit fonds sur dix de la catégorie perdaient du terrain. Or l’objectif d’un fonds de performance absolue ou absolute return est de dégager une performance positive quel que soit le contexte de marché. « Ce qui caractérise la gestion ‘absolute return’ de Theam est sa capacité à proposer à la fois une approche de gestion fondamentale et quantitative, expose Denis Panel. Une complémentarité qui se retrouve dans l’ensemble des quatre métiers de la société de gestion. » Theam est issu de la fusion, cette année, de deux entités du groupe BNP Paribas : Harewood Asset Management et Sigma.

« L’équipe n’a pas été affectée par la fusion », relève Denis Panel. C’est la même depuis sa création en 2007 chez Sigma. Composée de sept gérants-analystes et d’un analyste sous la houlette de Denis Panel, elle a pour ambition d’incarner une synthèse aboutie entre la gestion traditionnelle et la gestion alternative qui a adapté de nombreuses techniques issues des salles de marché. On retrouve cette complémentarité au niveau des profils de ses membres avec des gérants provenant du monde de la gestion d’actifs et d’autres ayant tenu des positions pour compte propre au sein de salles de marché. Ces professionnels, qui affichent pour la plupart plus de dix ans d’expérience dans la finance, viennent aussi d’horizons différents en termes de formations. Par exemple, Christophe Moulin, responsable de l’équipe performance absolue et spécialiste des tendances de marché (global market timing), est actuaire de formation. Il a occupé des postes dans la gestion d’actifs dans plusieurs grands établissements financiers français. Tarek Issaoui, gérant spécialisé dans les stratégies global macro, est issu du monde du trading. C’est le polytechnicien de l’équipe. Olivier Rudez, spécialiste maison des devises, vient également du trading. Il a une formation en finance (IEP Paris EcoFi). Au-delà de leur parcours, ces professionnels sont des passionnés travaillant en étroite collaboration. C’est cette alchimie qui permet à l’équipe de faire face aux pires turbulences sur les marchés financiers. « Notre processus de gestion a pour objectif de naviguer par tout temps, explique Christophe Moulin. Il est armé et structuré pour affronter des conditions de marché difficiles. »

Nécessaire diversification

Pour faire de la performance absolue, une seule stratégie n’est pas possible. Il faut de la diversification. Chaque gérant a sa spécialité, avec un objectif de génération de performance. Il est également responsable d’un ou plusieurs fonds (suivi de la valeur liquidative, du bon respect des contraintes et des limites globales de risque). « Cette double casquette permet aux membres de l’équipe d’être pleinement conscients de l’ensemble des enjeux, tant de marché qu’opérationnels », souligne Denis Panel. Le processus d’investissement dépend de cinq moteurs de performance. Trois reposent sur des modèles statistique ou technique (global market timing, global statistical driven et dynamic beta). Les deux autres, discrétionnaires, sont basés sur l’analyse de la macroéconomie et le sentiment des gérants (devises et global macro). L’allocation est pilotée par un comité de gestion hebdomadaire auquel participent tous les gérants. Au cours de cette réunion sont passées en revue les performances et l’utilisation du budget de risque de chacune des cinq stratégies au cours de la semaine écoulée. L’opportunité d’activer ou non le budget de couverture est également analysée.

Gestion flexible et réactive

L’objectif des gérants est la recherche de stratégies qui vont surperformer le marché, c’est-à-dire générer de l’alpha. « Les outils d’aide à la décision nous sont d’une grande utilité, indique Christophe Moulin. Ils ont l’avantage d’être objectifs. Bien sûr, ils poussent à une certaine radicalité car la psychologie n’est pas de mise. Mais contrairement à une décision humaine, ils acceptent de changer d’avis sans stigmate. En juin 2011, cela nous a permis notamment de prendre des positions vendeuses sur les principaux indices actions. » Les modèles permettent de compenser les biais personnels mais aussi de traiter un nombre très important de données et d’informations de la façon la plus neutre possible. Contre toute attente, il n’y a pas forcément une machinerie complexe derrière ces modèles. « Ils sont simplifiés au maximum, relativise Tarek Issaoui. Il faut que tout soit logique et dans les grandes lignes. Par exemple, si les entreprises dégagent des profits, c’est bon pour les actions. Lorsque les modèles deviennent trop complexes, cela ne fonctionne pas. La réalité ne se mesure pas sur trois ou quatre décimales. Ce n’est pas la Nasa. » Une fois les sources d’alpha identifiées, ces dernières sont distillées à l’ensemble des fonds gérés par l’équipe au travers de différentes classes d’actifs (actions, taux, devises, matières premières et volatilité) et horizons d’investissement (court et/ou moyen et/ou long terme). Cela permet d’opérer une véritable gestion flexible et réactive. Cet été, par exemple, cela a été le cas pour la stratégie sur le marché des changes. « Avant l’été, nous avions constitué une position longue sur le franc suisse contre euro pour jouer son caractère refuge dans le cadre du scénario de marché baissier que nous anticipions, relate Olivier Rudez. Nous sommes ensuite passés à la vente, avant que la banque centrale suisse fixe un plancher à 1,20 pour la parité euro contre franc suisse, car l’analyse fondamentale montrait une distorsion aberrante du cours de change ‘spot’ par rapport à la parité de pouvoir d’achat. Or toute chose a un juste prix. Lorsqu’un ‘BigMac’ vaut l’équivalent de 17 dollars à Zurich, il y a quelque chose qui ne va pas. D’ailleurs, la banque centrale suisse avait donné des signaux d’un probable interventionnisme mais le marché ne voulait pas les voir. »

Mais sans un gouvernail, il est difficile de tenir le cap. C’est pourquoi la gestion du risque est une pièce essentielle du dispositif. « Chez Theam, nous avons gravé dans le marbre la maîtrise du risque comme un impératif absolu », confirme Denis Panel. Chacune des cinq stratégies dispose d’un budget de risque assorti d’un objectif de performance annuel. Un stop loss et une limite de volatilité sont définis au niveau de la stratégie en tant que telle. Cette gestion du risque est effectuée par chaque gérant. « Nous avons une sixième stratégie, celle de couverture des risques extrêmes, poursuit Denis Panel. C’est un deuxième niveau de gestion du risque qui prend en compte la corrélation instantanée des cinq stratégies entre elles, et qui permet, le cas échéant, d’utiliser un budget de risque supplémentaire pour couvrir une trop grande concentration de positions dans un même biais directionnel. Cette analyse est menée en temps réel. » Cela permet de se couvrir sans obliger les gérants à changer certaines de leurs expositions génératrices d’alpha. Et surtout, de réagir à un événement non anticipé.

L'équipe

Erwan Page, 26 ans, analyste en business et développement

Christophe Moulin, 41 ans, responsable de la gestion de performance absolue et gérant (global market timing)

Benoît Nansot, 34 ans, gérant performance absolue (global macro)

Olivier Rudez, 44 ans, gérant performance absolue (devises)

Denis Panel, 40 ans, CIO* de Theam

Marc Fleury, 41 ans, responsable des ventes de Theam

Xavier Bedel, 34 ans, gérant performance absolue (cash management)

Tarek Issaoui, 38 ans, gérant performance absolue (global macro et dynamic bêta)

Marc de Lignares, 31 ans, gérant performance absolue (global statistical driven)

* chief investment officer

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