L'avis de... Jean-Louis Mourier, économiste à Aurel BGC

« La demande n’est pas assez solide pour faire remonter les prix de vente »

le 20/02/2014 L'AGEFI Hebdo

La baisse du coût de l’énergie a-t-elle permis aux industriels américains d’accroître leurs marges ?

Les entreprises américaines qui ont le plus bénéficié de la baisse des prix de l’énergie sont celles qui ont baissé le plus leurs prix de vente. Elles n’ont pas utilisé ce levier pour accroître leurs marges. Avantage compétitif indéniable pour les industriels dont les coûts de production sont sensibles aux prix de l’énergie, le « phénomène » gaz de schiste n’a pas provoqué une augmentation des bénéfices. La croissance des marges – ou leur maintien – vient de la poursuite de plans de restructurations et de la réduction des coûts salariaux. Malgré la reprise de l’activité, la préoccupation des entreprises est de proposer à leurs clients les prix de vente les plus bas possibles. Le cas de General Electric l’illustre. Les commandes passées auprès de la société ont fortement augmenté – le carnet de commandes est à un niveau record, correspondant à près d’un an et demi de chiffre d’affaires –, cependant, le prix moyen des commances a décliné. Par exemple, le groupe a reçu 65 commandes de turbines à gaz au quatrième trimestre 2013 mais leur prix de vente a reculé de 3 %. Conséquence, afin d’atteindre ses objectifs de marges de 2014, General Electric prévoit de poursuivre sa politique de réduction de ses dépenses d'un milliard de dollars.

Comment expliquez-vous la tendance baissière des prix de vente ?

S’ils le pouvaient, les industriels augmenteraient leurs prix. Certaines entreprises américaines ont tenté de le faire l’année dernière, mais ce test s’est traduit immédiatement par une diminution des volumes de ventes. A l’heure actuelle, les industriels observent que la demande n’est pas encore assez solide pour pouvoir inverser cette tendance. Ils font état de l’attentisme de certains de leurs clients, en particulier dans les pays émergents.

Une reprise de l’investissement productif est-elle envisageable à court terme ?

Malgré une croissance robuste de la production industrielle l’année dernière – supérieure (en niveau) de 1 % en décembre 2013 à son point haut de 2007 –, l’investissement productif s’est tassé. La majeure partie des investissements à l’ordre du jour est destinée soit à l’entretien des capacités existantes, soit à la rationalisation. Le discours des industriels sur leurs perspectives de développement demeure prudent, mais nous estimons que l’investissement productif repartira progressivement en 2014. Selon la Réserve fédérale (Fed), la phase de destruction de capital est terminée. La banque centrale estime que les entreprises, qui ont réduit

leurs capacités de production de 3 % durant

la crise, sont à nouveau en train de l’augmenter sur un rythme annuel de 2 %.

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