L'avis de... Raphael Kaplinsky, professeur de développement international, The Open University*

« La demande chinoise devrait croître au cours des vingt prochaines années »

le 23/05/2013 L'AGEFI Hebdo

La Chine est-elle responsable de la hausse des prix des matières premières ces dernières années ?

Oui. Bien que la Chine soit le plus grand producteur de la plupart des matières premières, elle a commencé à manquer d’offre intérieure dans les années 2000. Elle représente maintenant une part très importante du commerce mondial de matières premières, et est le principal déterminant des prix. Au début des années 2000, le secteur financier, inquiet du cours des actions, a remarqué l’augmentation de la demande chinoise et commencé à diversifier ses investissements dans cette classe d’actifs, renforçant la hausse des prix. Cela s’est passé au moment où le marché devenait plus tendu. Les producteurs avaient ralenti leurs investissements dans les années 90 car les prix étaient bas.

Cette tendance est-elle durable ?

Cela dépend de la demande et de l’offre. Du côté de la demande, la Chine a énormément investi dans les infrastructures et l’urbanisation, et continuera à le faire. Selon McKinsey, elle pourrait construire chaque année l’équivalent de 2,5 fois la surface résidentielle et commerciale de la ville de Chicago au cours des vingt prochaines années. En outre, à mesure que leurs revenus progressent, les Chinois changent leurs habitudes alimentaires et consomment plus de viande, ce qui nécessite des aliments pour animaux comme le soja et le maïs. La demande chinoise de matières premières devrait donc augmenter ces vingt prochaines années. Et l’offre ne pourra pas suivre. Dans l’agriculture, le rythme du changement technologique a diminué, en dépit des organismes génétiquement modifiés, et les problèmes d’irrigation et de variabilité du climat poussent les coûts de production à la hausse. Pour le pétrole et le gaz, la révolution du schiste a lieu essentiellement aux Etats-Unis. En Chine, le système de distribution n’est pas assez efficace. Dans les métaux, il reste une offre potentielle à bas coût, mais elle se trouve principalement en Afrique, où il y a des problèmes d’infrastructures et d’interruption de production. Au cours des deux à trois prochaines années, les prix pourraient baisser parce que l’investissement dans la production a crû ces dernières années, mais les problèmes ne feront que s’accumuler.

*Auteur avec Masuma Farooki de 'The Impact of China on Global Commodity Prices' chez Routledge (2013).

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