L'avis de... Helen Qiao, économiste de Morgan Stanley

« Le 'deleveraging' devrait s’étaler sur un horizon de cinq ans »

le 26/09/2013 L'AGEFI Hebdo

Déjà en 2010, le Premier ministre Wen Jiabao avait qualifié la croissance chinoise de « déséquilibrée » et d’« insoutenable ». Depuis, la situation a empiré. Pourquoi est-il si difficile de la rééquilibrer ?

L’expansion rapide du crédit et la croissance tirée par l’investissement ont toujours été caractéristiques de l’histoire de la Chine. Bien que cela ne soit pas forcément idéal, cela ne constitue pas vraiment le fond des difficultés économiques aujourd’hui. Le ratio dette/PIB augmente, mais le problème principal est le ralentissement de la hausse de la productivité, qui résulte de la discrimination du secteur privé au profit des entreprises publiques et du manque de mécanisme de tarification du risque dans le système. De plus, le problème de la sous-consommation est largement une distorsion statistique. Nous estimons que la consommation des ménages est sous-évaluée de 10.000 milliards de yuans par le National Bureau of Statistics, ce qui porte sa part dans le PIB à 45,6 %, au lieu de 34,8 %, et ramène la dette totale à 187 %, au lieu de 221 %.

Le gouvernement n’est-il pas en train de stimuler la croissance à nouveau par des investissements ?

Je ne pense pas que le récent rebond de la croissance doive être considéré comme un « releveraging ». Il s’agit plutôt d’allouer plus de ressources aux bons investissements, et de couper les mauvais.

Quelles seront les conséquences du « deleveraging » ?

Le cycle de deleveraging ralentira la croissance, puisque l’investissement est très dépendant du crédit et représente une part significative du PIB. La déflation des prix à la production empirera. Le prix des actifs, notamment de l’immobilier, subira des pressions à la baisse, posant un problème pour la qualité des actifs du secteur bancaire. Le processus sera compliqué par les risques venant de l’innovation financière et du shadow banking (finance parallèle, NDLR). Pour amortir l’impact sur la croissance, il faudra utiliser le bilan du gouvernement pour soutenir la demande globale. Cette fois, les autorités devront s’assurer que leurs dépenses n’exacerbent pas le problème des surcapacités, mais renforcent la consommation des ménages, par exemple par des transferts vers la santé et l’éducation. La Chine aura probablement besoin d’une dépréciation de son taux de change pour que les exportateurs atténuent l’ajustement du secteur des entreprises. Enfin, il sera crucial de maintenir les taux d’intérêt réels au-dessous de la croissance et de générer une inflation positive. Le deleveraging devrait être graduel et s’étaler sur un horizon de cinq ans.

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