L'avis de... Pierre Sabatier, stratégiste et co-fondateur de PrimeView

« Une déflation structurelle liée au vieillissement des populations »

le 13/02/2014 L'AGEFI Hebdo

Pourquoi considérez-vous que la déflation en Europe est un phénomène structurel ?

Comme au Japon, elle est liée au vieillissement des populations qui s’accompagne inévitablement d’une demande des ménages qui ne progresse plus ou qui baisse. Le régime habituel consommation/croissance/inflation est rompu. Actuellement, les économies européennes ne sont pas en crise – au sens où à terme elles finiront par retrouver leur état initial –, mais en transition. Sous l’effet des évolutions démographiques, elles sont en train de passer d’un monde d’expansion de la demande à un monde sans expansion de la demande, avec comme conséquence principale la stagnation de la croissance organique et l’absence d’investissement. D’où des évolutions du PIB entre -1 % et +1 %.

Le brutal déclin de la consommation depuis 2009 est durable ?

Absolument. Il y a une quinzaine d’années, la croissance de la consommation des ménages était comprise entre 3 % et 4 %. Actuellement, elle stagne autour de 0 % en France et de -1 % en zone euro. Les tranches d’âge les plus consommatrices se situent entre 35 et 50 ans. Au-delà, les besoins diminuent très vite. Or en 2030, c’est-à-dire demain, les plus de 60 ans représenteront près de 30 % de la population française. Un pays connaît cette évolution démographique avec dix ans d’avance. C’est l’Allemagne, avec une population vieillissante privilégiant la rente, donc une monnaie forte et une profonde aversion pour l’inflation. C’est l’histoire du Japon. Il ne faut pas compter sur les flux migratoires pour régler le problème. Ils sont pro-cycliques : il y a immigration uniquement quand il y a croissance économique.

Dans un contexte déflationniste, vers quels actifs se tournent les investisseurs ?

Ils recherchent la préservation du capital, donc les obligations à revenu fixe. L’univers déflationniste est favorable aux obligations ; en revanche, il est défavorable aux actifs immobiliers et aux actions. La déflation est synonyme d’absence de croissance, donc de très faibles profits ; elle est néfaste pour les actions. Les obligations sont plus en adéquation avec des populations vieillissantes.

Que peuvent faire les banques centrales ?

Intervenir au niveau conjoncturel. Très tôt dans cette crise, la Réserve fédérale a fait le bon diagnostic : lutter contre le risque déflationniste induit par le désendettement. Elle a donc cherché à créer un effet richesse pour soutenir la consommation des ménages. Sa politique d’assouplissement quantitatif a eu pour but de reflater les prix des actions et de l’immobilier avec une prise de risque, la création de nouvelles bulles.

A lire aussi