Entretien avec... Sebastian Mallaby*, chercheur au Council on Foreign Relations

« La déflagration pourrait dépasser celle de 1994 »

le 17/01/2013 L'AGEFI Hebdo

Vous avez vécu le krach obligataire de 1994. Que s’est-il passé à l’époque ?

Le début des années 90 a été marqué par une crise des financements immobiliers. C’est dans ce contexte que la banque centrale américaine avait mis en place une politique monétaire accommodante qu’elle a décidé d’interrompre en février 1994 par une petite hausse de 25 points de base de son taux directeur. A sa grande surprise, cela s’est immédiatement traduit par un effondrement du marché obligataire. Les hedge funds, très « leveragés » à l’époque, ont été les premiers à vendre massivement et cela s’est rapidement propagé à l’ensemble des acteurs du marché. De grandes banques ont alors frôlé la faillite. A l’époque, tout le monde a été pris de court par cette hausse des taux mais cela n’aurait pas dû être le cas : Alan Greenspan, le président de la Fed, avait délibérément donné des indices permettant d’anticiper cette hausse.

La situation est-elle radicalement différente aujourd’hui ?

L’action actuelle des banques centrales n’a pas de commune mesure avec ce qui était fait à l’époque. Les actions non conventionnelles de la Fed n’existaient pas alors. C’est tout à la fois rassurant et inquiétant. L’échelle de la déflagration pourrait largement dépasser ce qui s’est produit en 1994 s’il devait y avoir un choc obligataire. Les hedge funds sont toujours actifs. Proportionnellement au reste du marché, je pense qu’ils représentent à peu près le même volume qu’en 1994. Je dirais qu’ils ont peut-être un peu moins d’appétit pour le risque.

Quel est votre sentiment sur la situation actuelle ?

La période des taux bas ne durera pas éternellement et quand ils remonteront, les investisseurs n’ayant pas voulu alléger leur position perdront de l’argent, c’est certain. A ce niveau de taux bas, il faut peu de pertes en capital pour que le rendement réel ne devienne négatif. Maintenant, je pense que les taux remonteront quand l’économie ira mieux, cela agira comme une sorte de stabilisateur automatique. Comme en 1994, il ne devrait pas y avoir d’impact sur l’économie réelle.

*Auteur de « Plus riche que Dieu » (Ed. Valor).

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