Déficits, l’impasse française

le 03/10/2013 L'AGEFI Hebdo

Alors que l’optimisme politiquement correct nous assure que la crise financière est derrière nous, de fâcheuses répliques, au sens sismique du terme, font partout entendre leurs inquiétants craquements. Outre-Atlantique, le jeu de la roulette américaine, cette forme de roulette russe budgétaire que le Congrès et la Maison-Blanche aiment pratiquer régulièrement à la face du monde ébahi, revient imposer son tempo délétère ; en Italie, la politique nationale demeure mue par les mêmes ressorts bouffons et déprimants. Mûris par l’expérience, les marchés ne s’émeuvent pas exagérément de ces épisodes nouveaux qui ne se dénoueront sans doute pas tragiquement. Mais ils démontrent que la crise n’est pas terminée ni son héritage soldé : qu’elle soit logée dans la sphère publique ou dans des mains privées, une dette immaîtrisable demeure l’horizon de la plupart des grandes économies mondiales. Sa conséquence probable, comme le rappelle le cas japonais, est que la reprise que chacun se plaît à voir à sa porte sera médiocre au mieux, languissante au pire, quelle que soit l’attitude plus ou moins compatissante des banques centrales.

La France ne déroge pas à cette règle commune au sein du G20. Après une « réforme » des retraites aussi incomplète qu’exagérément optimiste dans ses hypothèses, le projet de budget pour 2014 ne fait que marquer une inflexion dans la dynamique de dérapage des comptes, sans véritable rupture de trajectoire. Jamais la France n’aura été si vulnérable à une remontée des taux. Plutôt que le satisfecit bruxellois, sur lequel on se taira par charité envers des commissaires européens en mal de reconduction, mieux vaut relever à ce sujet la mise en garde sans réplique du Haut comité des finances publiques. C’est dès le printemps prochain qu’il faudra, on le sait déjà, remettre toute la stratégie budgétaire en chantier : soit le gouvernement devra obtenir de Bruxelles des objectifs encore moins ambitieux que les actuels, soit il lui faudra se résoudre à un nouveau tour de vis, sérieux cette fois, aux dépenses. Dans un cas, il lui faudra risquer sa crédibilité déjà bien faible, dans l’autre, les perspectives de croissance de son économie.

Paris a déjà bien des fois obtenu les accommodements budgétaires désirés, alors pourquoi s’inquiéter du prochain ? La nouveauté est que l’Allemagne vient de renvoyer au pouvoir une majorité sur un mandat limpide : la reconduite de la politique d’austérité impliquant la mise au pas des pays récalcitrants. Dans la confrontation qui se prépare, la vulgate keynésienne en vogue à Paris n’a aucune chance de séduire son riche et puissant partenaire et de lui arracher des concessions. Maintes fois reportée par la grâce de Bruxelles et de la BCE, l’épreuve de vérité s’approche donc, inexorable. Or jamais depuis la création de l'Union, l’exécutif français n'aura négocié une partie plus importante avec une main aussi faible.

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