L'avis de... Michel Didier, président de COE-Rexecode

« Le décrochage doit beaucoup au choc fiscal »

le 28/02/2013 L'AGEFI Hebdo

L’économie française a-t-elle les ressorts pour sortir de la récession ?

Regardons tout d’abord comment elle y est entrée. Les comptes nationaux trimestriels appréhendés en glissement annuel dévoilent le ralentissement tout au long de l’année 2012 et le passage en récession : +0,2 % au premier trimestre, 0,1 % au deuxième, puis 0 au troisième et enfin -0,3 % au dernier trimestre. Des pays comme l’Espagne et l’Italie, déjà en récession en début d’année, ont connu une aggravation de leurs problèmes. Ceux qui étaient en croissance, comme l’Allemagne ou l’Autriche, ont enregistré un simple ralentissement. La France représentait une sorte de moyenne de la zone euro. Force est de constater qu’elle s’en est écartée récemment et qu’elle décroche vers le bas. Ce décrochage est confirmé par les indicateurs de la Commission européenne ou les PMI de Markit.

Ce décrochage sera-t-il temporaire ou durable ?

A mon sens, il doit beaucoup au choc fiscal, brutal et désordonné du budget 2013. Excès fiscaux et valse-hésitation ont créé un grand trouble dans l’esprit et le comportement des investisseurs et dirigeants d’entreprise qui se disent que ce n’est pas le moment d’investir. Il est possible de lever ce flou mais cela risque de prendre du temps et nécessitera de clarifier notre vision économique et fiscale.

Quel a été le rôle de la politique budgétaire depuis le début de la crise ?

Depuis 2007, le PIB s’est accru en valeur de 140 milliards d’euros, les dépenses publiques ont augmenté de 150 milliards - plus que le PIB ! - et le revenu des ménages de 127 milliards, dont la moitié s’explique par des prestations sociales. Il y a en France un consensus de la classe politique et de l’opinion pour soutenir le revenu des ménages et la consommation. Cela s’est fait au détriment des entreprises et au prix de l’aggravation des déficits publics. Il faut revenir en arrière pour sortir de l’impasse. Les politiques de soutien keynésiennes ne fonctionnent qu’un ou deux trimestres, et par la suite elles ne font que creuser les déficits publics sans effets de relance, ni même de soutien durable. Le débat actuel sur le report des échéances budgétaires montre que nous n’avons toujours pas compris qu’il faut vraiment baisser la dépense publique et encourager les investisseurs en revenant à une fiscalité raisonnable.

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