Le découplage entre les Etats-Unis et l’Europe s'amplifie

le 13/06/2013 L'AGEFI Hebdo

A la différence des économies européennes, l'activité économique américaine présente des signes d'amélioration. Les indicateurs d’activité divergent.

Les trajectoires économiques empruntées par l’Europe et les Etats-Unis divergent de plus en plus. « La croissance américaine s’accélère, tandis que celle de la zone euro décélère. C’est un strabisme divergent », commente Christophe Donay, responsable de l'allocation d'actifs et de la recherche économique de la Banque Pictet (voir le graphique). Les Etats-Unis ont réussi à effacer la contraction d’activité des années 2007 et 2008, ce qui est encore loin d’être le cas de la zone euro. Le PIB européen a baissé de 0,2 % au premier trimestre 2013 par rapport au trimestre précédent et de 1,1 % en un an. Au cours des trois premiers mois de l’année, le PIB des Etats-Unis s'est accru de 0,6 % par rapport au trois derniers mois de 2012 et de 1,8 % en un an.

Des méthodes différentes

Les méthodes appliquées de chaque côté de l’Atlantique afin de sortir de la crise économique et financière ont été très différentes. Conséquence, les remèdes choisis par les Américains - l’assouplissement quantitatif de la Réserve fédérale ou le prolongement de certaines aides fiscales - ont été plus efficaces que la stratégie européenne.

« La menace déflationniste s’intensifie en zone euro. Elle est tombée dans le piège de l’austérité », analyse Christophe Donay. Selon lui, le cercle vertueux espéré du mouvement de baisse des salaires - censée améliorer la compétitivité, puis stimuler les exportations afin de relancer la croissance du PIB - ne s’est pas produit. A l’inverse, « c’est le cercle vicieux qui s’est déclenché », observe l’expert de la Banque Pictet. En provoquant une réduction des revenus disponibles, la diminution des salaires a surtout conduit à un recul de la consommation et, par ricochet, à un repli du PIB. « Dans l’ensemble des économies occidentales, la consommation représente la principale source de demande, rappelle Bernard Aybran, directeur de la multigestion chez Invesco Asset Management. Une croissance économique durable doit donc, à un moment donné, passer par sa reprise. »

Et puis, ajoute Christophe Donay, « la dette se paie avec les recettes de la croissance ». Une théorie en train d’être validée. Le ratio dette publique sur PIB de la zone euro continue d’augmenter (85,4 % en 2010, 87,3 % en 2011, 90,6 % en 2012) tandis que celui des Etats-Unis est en train de diminuer (voir le graphique). « Le processus de désendettement est clairement enclenché aux Etats-Unis, principalement du fait du secteur privé, à la fois des ménages et des entreprises », constate Bernard Aybran.

« Le bilan des ménages américains se redresse rapidement », confirme Aurel BGC. Selon les « Flow of funds » publiés par la Réserve fédérale, leur endettement a reculé de 0,6 % au premier trimestre (à 40.500 dollars par ménage) et leur richesse nette a progressé de 3.000 milliards à 70.300 milliards de dollars (225.000 dollars par ménage).

Autre explication du retard de la zone euro par rapport aux Etats-Unis, « le poids des banques dans les économies européennes est significativement supérieur au niveau constaté dans le reste du monde », signale Bernard Aybran (voir le graphique). La contraction des bilans bancaires résultant de la crise de la dette pénalise tout particulièrement l’Europe. La diversification de l’économie américaine, dotée d’une industrie dont la production industrielle s’approche à nouveau de ses plus hauts niveaux, est un atout notable. 

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