Décollage des ETF de nouvelle génération

le 06/12/2012 L'AGEFI Hebdo

La collecte sur les stratégies actives prend de l’essor. Les acteurs spécialisés en profitent, non sans essuyer quelques critiques.

Décollage des ETF de nouvelle génération

Avec 4 milliards de dollars de souscriptions nettes depuis le début de l’année, Source est le deuxième plus important promoteur d’ETF (exchange-traded funds) en Europe en termes de collecte, derrière iShares (13,2 milliards). S’il fait le plein de souscriptions avec son ETC (exchange-traded commodity) sur l’or physique

(1,3 milliard de collecte), il profite aussi de l’engouement des investisseurs pour les stratégies actives sous format ETF. « C’est une tendance marquée ces deux dernières années, amplifiée en 2012, pour des solutions d’investissement qui ne sont pas purement passives et offrent une forte valeur ajoutée, indique Ludovic Djebali, directeur des ventes chez Source. Près de 40 % des flux générés cette année proviennent de stratégies ‘smart beta’ (indices intelligents, NDLR). » Source est aujourd’hui le premier fournisseur d’ETF sur la volatilité avec ses ETF Nomura Voltage ou JPMorgan Macro Hedge, des stratégies allouant de façon dynamique l’indice en fonction des niveaux de volatilité.

« Le marché du ‘smart beta’ est polarisé entre indexation fondamentale - pondération des indices en fonction d’éléments macroéconomiques ou financiers - et indexation par le risque - prise en compte des niveaux de volatilité et des corrélations », explique François Millet, responsable de la recherche chez Lyxor.

« Pour lancer un ETF innovant, il faut qu’il réponde à une demande du marché, note Olivier Paquier, directeur France de SPDR ETF, la plate-forme de fonds indiciels cotés de State Street GA. Fin 2011, nous avons lancé un nouveau fonds répliquant l’indice S&P High Yield Dividend Aristocrats, fournissant une exposition aux valeurs ayant vu leur dividende progresser au cours des vingt dernières années. » L’ETF SPDR S&P US Dividend Aristocrats a collecté plus de 500 millions d’euros en Europe en un an. « Cet exercice trouve cependant ses limites lorsqu’il s’agit de produits sur des micro-niches de marché », observe Olivier Paquier. Les ETF répliquant des stratégies de hedge funds tendent à se multiplier aux Etats-Unis tandis que Citi chercherait à relancer un projet d’ETF permettant de se couvrir contre le risque de liquidité du marché, un risque spécialement difficile à appréhender.

Méthodologie

Cela pose clairement la question de la ligne jaune à ne pas franchir en matière d’ETF. L’Autorité européenne de régulation des marchés financiers (Esma) s’est emparée du sujet en recommandant dans ses règles sur les ETF, publiées fin juillet, une grande transparence sur les indices et sur les stratégies actives suivies par les trackers : en clair, toute innovation doit être simple et compréhensible (lire l'entretien). « Il est souhaitable qu’un indice répliqué par un ETF utilise des données accessibles à tous et repose sur une méthodologie établie, précise François Millet. Or certaines stratégies ne peuvent se faire sans critères discrétionnaires. » Et de citer les stratégies quantitatives encapsulées dans des indices, ou des indices sur mesure offrant peu de transparence sur leur méthodologie. Chez Ossiam, qui a fait le pari de l’innovation pour se distinguer, la méthodologie de calcul des indices est élaborée en interne mais publiée sur son site internet. « La transparence absolue est l’une des valeurs constitutives de l’entreprise », atteste Antoine Moreau, son directeur général. Ce promoteur de trackers s’est spécialisé dans les indices intelligents. En un peu plus d’un an d’existence, Ossiam a vu ses encours sous gestion sur ses stratégies d’indices equipondérés (trois ETF) et minimum variance (quatre produits, stratégie cherchant à minimiser la volatilité d’un portefeuille d’actions) croître de plus de 450 millions d’euros. « Nos stratégies d’investissement, transposées dans des indices, sont construites à partir de ‘benchmarks’ comme le S&P 500 ou le Stoxx Europe 600, auxquels nous appliquons notre algorithme de minimisation de la volatilité historique sous contraintes de diversification des risques pour en extraire un portefeuille ‘minimum variance’, confie Antoine Moreau. La composition de l’indice et la méthodologie sont totalement transparentes. »

« Plus de transparence sur la méthodologie risque de limiter le développement des ETF sur ces stratégies actives », regrette toutefois un observateur, qui souligne que nombre de gérants aux Etats-Unis demandent la réplication de leur stratégie sous un format ETF. « Il sera difficile pour certains acteurs de donner tous les détails de leurs positions car c’est là qu’ils voient leur valeur ajoutée », note Ludovic Djebali, pour qui, si certaines stratégies peuvent paraître complexes, la principale difficulté pour l’investisseur réside dans l’effet de levier offert par quelques ETF qui les répliquent. « Ce sont des produits construits pour être achetés et vendus rapidement et leur détention sur une longue période peut amener à des résultats différents de ceux escomptés », prévient Ludovic Djebali. Et de rappeler que certains ETF sur la volatilité ont récemment été critiqués aux Etats-Unis parce qu’il s’agissait de produits à levier.

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